[Chronique] Wild fell, de Michael Rowe

Publié le 8 Octobre 2016

L'écriture était magistrale, toute en fluidité et maturité. L'auteur mélange à merveille les voiles du passés aux lumières du présent et nous offre, au travers du miroir de l'irréel, une vue terrifiante sur les abîmes par-delà la mort. Si vous cherchiez une ghost story​​​​​​​ gothique et pourtant résolument moderne, la voici qui est toute trouvée!

Acherontia

Synopsis...

Elle attend dans l’obscurité depuis plus d’un siècle. Dressée sur les rives désolées de Blackmore Island, Wild Fell tombe en ruine. La vieille demeure résiste pourtant aux assauts des saisons depuis des décennies. Bâtie pour sa famille par un homme de pouvoir du XIXe siècle, la maison a gardé ses terribles secrets. Depuis cent ans, les habitants de la région prient pour que les ombres piégées à l’intérieur de Wild Fell y restent, loin, très loin de la lumière. À présent, il est venu à elle. Jameson Browning, qui connaît bien la souffrance, a acheté Wild Fell avec l’intention d’y commencer une nouvelle vie. De laisser entrer la lumière. Mais ce qui rôde dans la maison est fidèle aux ténèbres qui y règnent, et la garde jalousement. Elle a attendu Jameson toute sa vie… ou même plus longtemps. Et maintenant, enfin… elle l’a trouvé.

[Chronique] Wild fell, de Michael Rowe

La loi d'attraction universelle...

Ce roman est mon premier roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour septembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Vous vous en doutez, je suis très friande de "ghost stories". Sans doute est-ce mon caractère un tantinet gothique qui me pousse à apprécier les évanescentes émanations qui se dégagent des pages de ces romans à l'ambiance si particulière.

Une introduction au top...

Le roman s'ouvre sur une introduction de la taille d'un chapitre, dans laquelle l'auteur nous donne un bref aperçu d'un sordide événement ayant eu lieu aux alentours de Wild Fell dans les années 60. Ce fut une excellente idée de la part de Michael Rowe, qui plonge le lecteur directement au coeur du mystère de cette inquiétante bâtisse. J'ai adoré cette introduction, son côté rétro, presque innocent, qui se mêle progressivement à une ambiance de plus en plus sombre, oppressante. Seul petit bémol, qui n'en est pas vraiment un en soi, c'est que j'aurais aimé en avoir plus. Que cela dure encore quelques pages, ou même ne fut-ce que quelques lignes...

Elle regarda la masse sombre de l'île qui se dressait sur le lac, telle une forteresse, à une trentaine de mètres de distance. En fait, elle donnait l'impression de s'élancer hors de l'eau et vers le ciel, plus haute que n'importe quelle île qu'elle avait pu voir au cours de son existence. Elle se demanda si c'était un effet d'optique dû au clair de lune. En général, Brenda n'avait aucune difficulté à s'orienter en fonction de sa position relative au lac. Mais là, elle devait bien admettre qu'elle ne savait pas où elle était. Cette pensée était déjà en soi un peu excitante, mais plutôt mourir que de le reconnaître face à cet abruti de Sean, même si elle commençait à apprécier la tournure que prenait la soirée plus qu'elle ne l'aurait cru.

Wild fell, de Michael Rowe

Maléfique présence...

Si la transition entre l'introduction et le reste du récit m'a semblé un peu violente, l'écriture fluide et très agréable de Michael Rowe m'a permis de rentrer assez vite dans la vie du petit Jamie. Très vite, même, car je me suis si bien prise au jeu que j'ai lu le roman pratiquement d'un trait! Il faut dire que le récit que Jamie fait de ses mésaventures n'y est pas étranger. D'un ton très posé, très mûr, il nous raconte comment il a rencontré sa meilleure amie, Hank (Lucinda de son vrai nom, mais elle est garçon manqué et assume à merveille son caractère masculin). Puis il nous fait part de sa rencontre avec une étrange jeune fille dont le reflet se superpose au sien dans le miroir

Les yeux clos, je tendis la main vers ma lampe de chevet pour éteindre. Puis j'ouvris les yeux et regardai dans le miroir.
Quelque chose d'indéfinissable avait changé. Je voyais toujours ma chambre, mais à présent, une obscurité générale baignait les contours, un flou pas très différent de l'aspect un peu passé d'une photo ancienne, jaunissante, abîmée par l'âge et craquelée sur les bords. Mon reflet s'était également modifié de manière similaire et tout aussi impalpable. Parce qu'il faisait sombre, je ne distinguais pas mes yeux, mais mes épaules voûtées et resserrées suggéraient l'allure affectée d'une jeune fille perchée au bord d'une chaise ancienne trop grande pour elle. Quand je détendais instinctivement mes épaules afin de dissiper l'illusion, mon image m'imita, mais avec un temps de retard, me sembla-t-il, comme pour me faire comprendre qu'elle ne s'exécutait que par tolérance, et certainement pas parce que les lois de la physique l'y forçaient.

Wild fell, de Michael Rowe

Le hasard n'existe pas...

Tout comme l'amitié de Hank suivra Jamie jusqu'à la fin, la présence ténue et menaçante d'Amanda se fera sentir, elle aussi, jusqu'au dénouement final. Très tôt après cette irréelle rencontre, Jamie verra sa vie bouleversée à plusieurs reprises, de différentes manières et à différents degrés.

Tout au long du récit, c'est comme si les ombres du passé cherchaient à ternir la lumière du présent. L'on ressent cette menace qui plane sans cesse sur le jeune héros, ce sombre nuage qui hante ses pas, prêt à tout moment à se déchirer pour laisser la violence des éléments se déchaîner. 

L'on ressent aussi que tous ces événements ne surviennent pas par hasard. D'ailleurs, le hasard existe-t-il? Et si les pas de Jamie étaient guidés à son insu par des puissances invisibles, miroir après miroir, mystère après mystère? Et si son destin était lié d'une façon ou d'une autre à ce lugubre manoir, Wild Fell

 

Je rêvai que je chevauchais mon Schwinn rouge sur un promontoire surplombant un vaste lac sombre.
Au milieu de l'étendue d'eau se dressait une île entourée d'une couronne sauvage de roche grise et de pins vert foncé. Sur l'île se trouvait un château dont les tourelles s'élevaient au-dessus des cimes des arbres. Le soleil couchant striait le ciel bleu céladon de rayures rouges cru et orange lumineux.
Je connaissais cette vue, chaque vague, chaque rocher qui faisait saillie, chaque branche de pin qui s'arquait, se tendait pour crever le ciel qui saignait. Ce paysage m'était aussi familier que ma propre rue, mais même dans mon rêve, je sus qu'il s'agissait d'un endroit où je n'avais jamais été.

Wild fell, de Michael Rowe

Une ambiance gothique parfaite...

La force du récit réside d'une part dans l'incroyable capacité de l'auteur à savamment distiller les éléments d'intrigue, de façon à surprendre le lecteur et à maintenir un suspens constant. Tout au long des chapitres, l'on sent que quelque chose est sur le point de se produire, quelque chose de froid et de malveillant, quelque chose qui se tapis derrière chaque coin de phrase et qui attend le meilleur moment pour saisir le lecteur à la gorge. Il y a une sorte de tension continue qui est à la fois admirable, car elle relève d'un sacré tour de force, et délectable. Something's just about to break, comme le dit la chanson de Breaking Benjamin. Et de fait, dans ce récit, il y a toujours quelque chose qui semble sur le point de se rompre, à l'instar d'un sombre maléfice qui n'attend qu'un souffle de vent pour se répendre. 

D'une autre part, Michael Rowe sait très bien jouer sur une imagerie très gothique. À travers ses mots, les ambiances fusent, vaporeuses et évanescentes. Les voiles s'épaississent au fil de l'écriture et deviennent cocon, cristallisé autour d'un hideux papillon. La finale est délicatement ourlée de relents de moisi, de nuages de poussière et d'exhalaisons putrides. Elle nous baigne dans un halo d'irréalité déroutant et nous laisse sur la langue comme un goût de trop peu. Si, dit comme cela, la lecture vous tente moyennement, je peux vous assurer qu'elle en vaut la peine. Les moyens déployés par l'auteur pour moderniser les ghost stories traditionnelles sont plus que convaincants. 

Avant que la dernière des flammes ne soit étouffée, j'aperçus quelque chose que j'attribuai au vent qui faisait se balancer les arbres sous la pluie.
À une quinzaine de mètres de l'extrémité de la maison, sous un bosquet de pins blancs, une silhouette se tenait à proximité de l'arbre carbonisé, comme si elle cherchait à se réchauffer auprès du feu. Elle me parut féminine, bien que, à part sa petite taille, j'aurais eu du mal à expliquer exactement ce qui me permettait de lui attribuer un sexe. En effet, je ne distinguais rien de ses formes, de son visage, et encore moins de ses vêtements.
Je plissai les yeux dans l'obscurité pour mieux voir, mais quand un nouvel éclair zébra le ciel quelques secondes plus tard, la silhouette avait disparu et le feu éteint fumait sous la pluie qui ne donnait aucun signe d'épuisement, bien au contraire.

Wild fell, de Michael Rowe

En résumé...

J'ai dévoré ce roman du début à la fin, sans aucune restriction. Je n'y ai trouvé qu'un seul soupçon d'arrête : la fin, peut-être trop irréelle, trop floue à mon goût. Je n'ai pas bien su séparer le vrai du faux, ni le passé du présent, d'ailleurs. Cela m'a troublée et laissée un peu (trop) sur ma fin faim. Mis à part cela, l'écriture était magistrale, toute en fluidité et maturité. L'auteur mélange à merveille les voiles du passés aux lumières du présent et nous offre, au travers du miroir de l'irréel, une vue terrifiante sur les abîmes par-delà la mort. Si vous cherchiez une ghost story gothique et pourtant résolument moderne, la voici qui est toute trouvée!

Ma note : 17/20

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

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Acherontia.

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