[Chronique] Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

Publié le 21 Octobre 2016

J'ai beaucoup apprécié ce recueil, même si toutes les nouvelles ne se valaient pas. Mes préférées restent quand même les nouvelles les plus longues qui constituent les deux derniers tiers du roman.
Bien sûr, dans chaque nouvelle, sans exception, on retrouve le style inimitable de Lovecraft, ses phrases alambiquées, son vocabulaire si particulier, son talent pour le suspens, le dévoilement progressif de l'intrigue.
Les thèmes, aussi, m'ont enchantée. On y retrouve la mythologie si particulière à l'auteur, celle-là même qui a fait sa renommée.

Acherontia

Synopsis...

Howard Phillips Lovecraft est sans nul doute l’auteur fantastique le plus influent du xxe siècle. Son imaginaire unique et terrifiant n’a cessé d’inspirer des générations d’écrivains, de cinéastes, d’artistes ou de créateurs d’univers de jeux, de Neil Gaiman à Michel Houellebecq en passant par Metallica.

Le mythe de Cthulhu est au cœur de cette œuvre : un panthéon de dieux et d’êtres monstrueux venus du cosmos et de la nuit des temps ressurgissent pour reprendre possession de notre monde. Ceux qui en sont témoins sont voués à la folie et à la destruction.

Onze récits du mythe sont ici réunis dans une toute nouvelle traduction.

Si vous l’osez, pénétrez dans la caverne d’un monstre légendaire dont l’existence même devrait être impossible, aventurez-vous à Red Hook au risque d’y croiser l’horreur absolue, ou encore entrez dans la maison maudite abritant une créature ancestrale cauchemardesque, qui pourrait bien décider de vous y retenir… à jamais.

 

[Chronique] Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

La loi d'attraction universelle...

Ce roman est mon troisième roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady pour septembre 2016. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Généralités...

Le présent recueil se compose de onze nouvelles et novellas (format se situant entre la nouvelle et le roman court). L'ordre des nouvelles semble établi en fonction de leur taille, en allant de la plus courte à la plus longue

Chaque nouvelle est illustrée d'un frontispice réalisé par Loïc Muzy, et le centre du recueil est doté d'un cahier d'illustrations réalisées par le même artiste, très talentueux, vous en conviendrez. 

Le livre...

Le livre est une nouvelle très courte, mettant un scène un homme qui achète par hasard un mystérieux livre ancien. La lecture de ce livre l'amènera aux confins du réel, là où la folie se mêle aux cauchemars. 

Sans pour autant être une mauvaise nouvelle, je l'ai trouvée bien trop courte que pour développer un tel sujet. Du coup, la chute est trop floue, elle laisse trop de place à l'interprétation.

 

Je revois le vieil homme ricaner d'un air mauvais, puis faire un signe curieux de la main lorsque j'emportai l'ouvrage. Il avait refusé tout paiement, et ce n'est que bien plus tard que je compris pourquoi. Alors que je me hâtais de rentrer par les ruelles tortueuses et embrumées longeant la rive, j'eus l'effrayante impression d'être suivi par des bruits de pas qui se voulaient furtifs. Des deux côtés de la chaussée, les antiques bâtisses branlantes paraissaient désormais animées par une méchanceté malsaine, comme si le sol venait brusquement de s'ouvrir pour laisser échapper quelque courant aux desseins maléfiques. Les murs et les pignons encorbellés en brique moisie, en plâtre et bois vermoulu, avec leurs carreaux en losange qui me dévisageaient tels des yeux menaçants, semblaient avoir une irrésistible envie de s'avançer pour me broyer... Et pourtant, je n'avais déchiffré qu'une minuscule partie de la formule blasphématoire avant de refermer le livre et de l'emporter.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

Le monstre dans la caverne...

Le monstre dans la caverne raconte l'histoire d'un touriste qui se perd dans une caverne au sujet de laquelle on raconte de nombreuses légendes. Ces légendes tournent pour la plupart autour de visiteurs qui se seraient perdus et auraient fini leurs jours de bien triste façon, dans la faim et la solitude. 

Pour moi, il s'agit à nouveau d'une nouvelle en demi-teinte. Elle n'est pas vraiment mauvaise, mais je m'attendais à la chute finale, ce qui est toujours assez décevant. Peut-être qu'à son époque, Lovecraft a su surprendre avec ce récit, mais au 21e siècle, le lecteur s'attend à un peu plus d'ingéniosité. 

 

Était-ce déjà la délivrance? Mes atroces appréhensions avaient-elles été sans objet? Le guide était-il parti à ma recherche dans ce labyrinthe de calcaire après avoir remarqué mon absence anormale? Alors que ces questions me trottaient dans la tête, j'étais sur le point de me remettre à crier afin de précipiter mon sauvetage lorsque, soudain, la jubilation fit place à l'horreur ; mon ouïe, fine de nature et rendue plus sensible par le silence absolu qui régnait dans cette caverne, apprit à mon cerveau embrumé - et pour ma plus grande terreur - que ces pas n'avaient rien d'humain.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

L'étranger...

Il m'est vraiment très difficile de résumer cette nouvelle sans vous spoiler l'intrigue. Je me contenterai donc de vous dire qu'elle est écrite à la première personne. Elle est racontée par le personnage central, un jeune homme qui vit reclus dans un endroit sombre et inconnu. Il semble ne rien connaître de son passé, et est désireux de voir ce qu'il y a à l'extérieur de l'endroit où il vit, par-delà les arbres et la tour sombre. Peut-être son aventure sera-t-elle révélatrice quant à son identité et son passé...

J'ai adoré la chute de cette nouvelle! Je ne m'y attendais pas vraiment, et l'auteur est parvenu à me surprendre. Malheureusement, une fois que l'on a capté le passé du jeune homme, la fin est un peu trop floue quant à son devenir.

 

Je ne hurlai pas, mais toutes les horreurs qui chevauchent le vent nocturne s'en chargèrent pour moi à la seconde où, d'un seul coup, s'abattirent sur mon esprit, en une fulgurante avalanche, des souvenirs à vous anéantir l'âme. Je me rappelai instantanément tout ce qui avait été ; je me souvins de ce qui avait précédé l'effroyable château et les arbres, et reconnus, malgré les changements, l'édifice dans lequel je me trouvais ; pire que tout, à l'instant où je rompis le contact entre nos doigts souillés, je reconnus la diabolique abomination qui se tenait face à moi avec son regard mauvais.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

L'indicible...

Deux amis de longue date discutent de nuit, assis sur une tombe bien mystérieuse. De sombres légendes circulent à propos de cette tombe et de la maison qui lui fait face. Un des deux amis, très cartésien, n'y croit pas du tout. L'autre, plus fantaisiste, y croit dur comme fer et tente de convaincre le premier.

Une très bonne nouvelle, encore que trop courte, j'aurais aimé en savoir plus! J'ai aimé ce parfum de folie et de sombre magie qui se dégage du récit. Le dialogue entre les deux amis, tellement différents l'un de l'autre, est très intéressant et constitue un excellent fil rouge à l'histoire.

 

 

Quelle affaire horrible! Pas étonnant que les étudiants sensibles frissonnent encore en pensant au Massachusetts de l'époque puritaine. On en sait si peu sur ce qui se cachait derrière les apparences... si peu, et pourtant, quelle effroyable putréfaction l'on sent macérer dans ces terribles aperçus qui remontent parfois à la surface, telles des bulles de gaz s'échappant d'un noyé en décomposition! La terreur de la chasse aux sorcières fut comme un horrible faisceau de lumière braqué sur les monstruosités qui mijotent dans le cerveau torturé des hommes... mais même cet épisode n'est qu'une anecdote insignifiante. Il n'y avait ni beauté, ni liberté ; les vestiges de l'architecture et des objets quotidiens en témoignent, de même que les sermons venimeux des prêtres à l'esprit étroit. Et sous cette camisole de fer rouillé, tout n'était que hideur bredouillante, perversion et diabolisme. Cette période fut vraiment l'apothéose de l'Innommable.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

La tombe...

Un jeune homme très intelligent et au caractère rêveur passe le plus clair de son temps à flâner dans la campagne, quand un jour, il découvre un étrange mausolée oublié de tous. Il s'agit d'un caveau très ancien dont la porte est fermement cadenassée. Petit à petit, ce caveau va s'insinuer dans ses pensées, l'obsédant et le poussant à trouver une solution pour y pénétrer.

À nouveau, nous voici en présence d'une chouette nouvelle , entre folie, possession et prédestination. Malheureusement, ici aussi la chute était assez prévisible. J'ai assez vite capté de quoi il retournait. La faute, sans doute, à notre époque et au fait que ce type d'histoire nous est connu depuis longtemps. Peut-être qu'à l'époque de Lovecraft, ce thème était plus inédit, et que donc il parvenait à surprendre ses contemporains. Mais le charme de l'écriture de l'auteur rattrape tout, ne vous en faites pas!

 

C'est dans la douce lumière de la fin d'après-midi que j'entrai pour la première fois dans le tombeau du coteau oublié. J'étais comme ensorcelé, et mon coeur battait à tout rompre sous l'effet d'une exultation que je ne saurais décrire de la manière qui conviendrait. Je refermai la porte derrière moi et, à la seule lumière de ma chandelle, descendis les marches dégoulinantes. J'avais l'impression de connaître le chemin et, malgré le grésillement de la bougie qui s'étouffait dans l'atmosphère viciée des lieux, je me sentais étrangement à l'aise parmi ces odeurs de caveau et de moisissure.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

Le modèle de Pickman...

Un artiste écrit une lettre à un confrère au sujet d'un autre ami artiste qui, à une époque, peignait dans le même atelier qu'eux. Le narrateur se dit fasciné par le travail de Pickman, l'artiste en question, et ceci bien que tout le monde lui ait tourné le dos en raison du caractère morbide de ses toiles. Il raconte à son collègue la visite qu'il fit de l'atelier de Pickman et ce qu'il y apprit.

Il s'agit sans aucun doute de la nouvelle qui permet véritablement au lecteur de pénétrer dans l'univers de Lovecraft. Un peu plus longue que les précédentes, elle montre tout le talent de l'auteur à dépeindre les pires horreurs qui existent sur (ou sous) terre. La description des peintures et l'évocation des techniques picturales est bluffante, si bien qu'on s'imagine à merveille l'horrible rendu de l'art de Pickman. La chute est sympa, elle aussi. Une belle chute propre à glacer le sang...

C'était un blasphème colossal et indescriptible aux yeux rouges et furieux, qui tenait ce qui restait d'un homme entre ses serres décharnées. Il rongeait la tête de sa victime comme un enfant mordille un sucre d'orge. Il paraissait tapi, si bien qu'en le regardant on avait l'impression qu'il pourrait à tout moment lâcher sa proie pour se mettre en quête d'un morceau plus juteux. Mais par tous les diables! ce n'est même pas le sujet, si détestable, qui me plongea dans une panique immortelle ; non, ce n'est pas ça, ni même la face de chien avec ses oreilles pointues, ses yeux injectés, son nez aplati et ses lèvres baveuses. Ce ne sont pas non plus les griffes squameuses, ni le corps couvert d'une croûte de moisissure, ni les pieds à moitié fourchus...

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

Les rats dans les murs...

Un jeune homme célibataire s'installe dans une maison ayant appartenu à ses ancêtres. Très vite, des phénomènes étranges surviennent. Lui et son chat entendent des grattements dans les murs, comme s'il s'agissait de rats pris au piège entre la maçonnerie et les tapis.

Comme dans de nombreux récits de Lovecraft, on sent que le personnage principal sombre peu à peu dans la folie tandis que les événements étranges vont en s'amplifiant et qu'il découvre certaines révélations au sujet de ses ancêtres. On retrouve un des thèmes chers à l'auteur, celui de l'hérédité et de la prédestination. J'ai apprécié cette nouvelle pour son côté progressif (les indices menant à la finale sont révélés au compte-goutte) et pour sa chute surprenante et morbide. 

 

Je me couchai tôt, car j'étais très fatigué ; mais je fus tourmenté par des rêves de la pire espèce : il me semblait que je contemplais depuis une immense hauteur une grotte crépusculaire au sol couvert d'une couche de déchets qui arrivait aux genoux d'un porcher démoniaque à barbe blanche menant avec son bâton un troupeau de bêtes flasques et fongueuses dont l'apparence m'inspirait une indescriptible répulsion. Tout à coup, alors que le porcher venait de s'arrêter et commençait à piquer du nez, une formidable nuée de rats s'abattit sur l'abîme malodorant et dévora aussi bien les bêtes que leur gardien.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

L'horreur de Red Hook...

Thomas Malone, détective à Red Hook, évoque un incident qu'il y a vécu et qui lui aurait suscité la phobie des grands buildings. Il décrit en détail comment était Red Hook à cette époque, avec ses gangs, ses crimes et ses arrivées massives d'étrangers, ces dernières l'ayant mené sur la piste d'une sorte de secte. Il nous raconte alors le cas de Robert Suydam, un étrange reclus qu'il relie aux faits étranges ayant eu lieu à Red Hook. 

Cette nouvelle n'est sûrement pas la meilleure de Lovecraft, encore qu'elle ne soit pas dénuée d'intérêt. J'ai aimé la façon dont la magie noire et la démonologie était traitées, et le fait qu'à nouveau, l'intrigue ne se dévoile que progressivement. Mais j'ai trouvé certains aspects de l'histoire de Suydam un peu brouillons, et le fait que Lovecraft affiche ouvertement sa xénophobie me dérange franchement. 

Des avenues plongées dans une nuit infinie semblaient rayonner dans toutes les directions, si bien que l'on pouvait se demander s'il ne s'agissait pas des racines d'une contagion destinée à corrompre et dévorer des villes, à étouffer les nations dans la fétidité de cette peste hybride. C'est là que le mal cosmique avait pénétré ; là qu'il s'était envenimé sous l'effet de rites impies ; et c'est là qu'avait commencé sa marche macabre et grimaçante qui devait, à force de pourrissement, faire de nous tous des monstruosités fongueuses, trop hideuses pour mériter une sépulture. C'est en ce lieu que Satan tenait sa cour babylonienne, et que l'on lavait dans le sang de l'enfance innocente les membres lépreux de la phosphorescente Lilith.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

La maison maudite...

Pendant plusieurs années, le personnage central et son oncle s'intéressent à une vieille maison de leur ville. L'oncle a récolté beaucoup d’informations sur les problèmes de santé et les morts mystérieuses des habitants de cette maison. Les deux compères sont aussi intrigués par la végétation insolite du jardin, les champignons phosphorescents qui poussent dans la cave ainsi que par la mauvaise odeur qui émane du lieu.

La maison maudite est une nouvelle plaisante qui revisite de fond en comble une certaine figure emblématique de la littérature fantastique (je ne vous dirai pas laquelle, cela gâcherais votre surprise). La finale est peut-être un peu trop "artillerie lourde" pour moi, mais ceci étant, j'ai vraiment apprécié tout ce qui a mené à cette chute.

 

Finalement, sur le conseil de mon oncle, je décidai de tenter ma chance de nuit ; aussi, un soir de tempête, à minuit, je promenai le faisceau de ma torche électrique sur le sol moisi, les silhouettes mystérieuses et les champignons biscornus et à demi phosphorescents. Les lieux m'avaient curieusement découragé, ce soir-là, et j'allais partir quand je vis - ou crus voir -, parmi les dépôts blanchâtres, une version particulièrement nette du "corps recroquevillé" entraperçu dans mon enfance. Sa netteté était étonnante, sans précédent... et alors même que je la contemplais, j'eus l'impression de revoir la légère exhalaison jaunâtre et chatoyante qui m'avait tant surpris, par un après-midi pluvieux, des années auparavant.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

Herbert West, réanimateur...

La nouvelle raconte comment notre personnage narrateur, un étudiant en médecine, se lie d'amitié avec Herbert West, un de ses codisciples. West mène des études très sérieuses sur la réanimation des corps en état de mort clinique, grâce à l'injection de mixtures de son cru. Études qui, évidemment, sont très mal accueillies par le corps enseignant et qui, par la suite, tourneront mal pour les deux compères.

Par bien des aspects, Herbert West est une nouvelle très avant-gardiste, et donc particulièrement marquante, en plus de l'écriture très agréable de Lovecraft.

De un, elle est d'abord publiée sous forme de feuilleton avant d'être réunie en une seule nouvelle (ce qui explique le côté un peu répétitif de chaque début de chapitre). De deux, il est bon de souligner que Lovecraft est particulièrement en avance sur son temps en ce qui concerne la description des zombies. Ceux-ci rappellent les créatures de Roméro, qui n'apparaissent que quelques décennies plus tard.

Malgré le caractère répétitif de certains passages, j'aime vraiment bien cette nouvelle, pour la raison précitée d'une part, mais aussi pour le côté particulièrement macabre de certaines scènes et description. 

Ainsi, la nuit du 18 juillet 1910, Herbert West et moi contemplions, dans le laboratoire de la cave, une silhouette blême et silencieuse à la lumière éblouissante du projecteur fixé au plafond. Le procédé d'embaumement s'était révélé prodigieusement efficace, car, alors que je fixais un regard fasciné sur le corps robuste qui était resté allongé là deux semaines sans être gagné par la rigidité cadavérique, je ne pus m'empêcher de demander à West si le sujet était bien mort. Il me l'assura sans hésiter, en me rappelant qu'il n'injectait jamais la solution de réanimation sans avoir effectué au préalable un test soigneux de l'état du spécimen, la moindre trace de vie résiduelle empêchant la formule de fonctionner.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

L'affaire Charles Dexter Ward...

Providence, 1928. Charles Dexter Ward, un homme de vingt-six ans interné en maison de santé vient de disparaître sans laisser de trace. Le narrateur, Marinus Willet, médecin de la famille Ward depuis des années, se remémore la progressive transformation de ce jeune homme enthousiaste féru d'archéologie et de généalogie, qui devint dément. Huit ans plus tôt, Charles avait découvert qu'il avait parmi ses ancêtres un certain Joseph Curwen. De nombreuses croyances circulent au sujet de ce-dernier. Il serait un sorcier ayant fui Salem pour Providence, et il aurait perpétré des rites impies dans un hangar jouxtant sa maison. Au cours de ses recherches sur Curwen et de ses tentatives de décryptage de ses notes personnelles, Ward avait acquis des connaissances dangereuses pour le commun des mortels.

Il s'agit ici du texte le plus long du recueil, s'agissant presque d'un petit roman (je pense d'ailleurs qu'il a déjà été publié en tant que tel). Et il s'agit aussi d'un des meilleurs textes dudit recueil. 

Pour ma part, j'apprécie particulièrement le sombre climat de sorcellerie et de pure magie noire qui se dégage du récit. Plus on avance dans l'histoire, et plus l'ambiance devient ténébreuse, oppressante, nauséabonde. Et bien sûr, j'en redemande!

Le fait que l'histoire soit racontée du point de vue du médecin de famille et non pas de celui de Ward lui-même est appréciable. L'histoire se présente alors comme un grand puzzle constitué des informations et des constatations de Willet. Au commencement, tout semble confus et lacunaire. Mais plus le médecin investigue, plus les pièces se mettent en place et plus le lecteur comprend ce qu'il se passe. Le suspens est donc à son comble tout au long de la narration. C'est d'autant plus appréciable que le personnage même de Willet est attachant et très dévoué à la famille Ward. Rusé et avisé, il mettra tout en place pour "sauver" Ward et épargner à sa famille bien des peines. 

La chute est pleine de surprises et est parfaitement ébouriffante! Bref, c'est un texte que je vous conseille vivement.

Si certains le crurent fou à cette période, c'est à cause des bruits que l'on entendait à toute heure dans le laboratoire installé au grenier où il passait le plus clair de son temps : des psalmodies, répétitions et déclamations tonitruantes sur des rythmes insolites, et bien que tout cela fût prononcé de sa voix, cette dernière, ainsi que les accents des formules qu'il récitait, avait un caractère particulier qui glaçait le sang de tous les auditeurs. On remarqua que Nig, le vénérable chat noir adoré de toute la maisonnée, se hérissait et faisait le gros dos en entendant certains de ces sons.

Cthulhu : le mythe III, de H. P. Lovecraft

En résumé...

J'ai beaucoup apprécié ce recueil, même si toutes les nouvelles ne se valaient pas (oui, je suis consciente que cette assertion constitue une hérésie, pour la fan de lovecraft que je suis). Mes préférées restent quand même les nouvelles les plus longues qui constituent les deux derniers tiers du roman.

Bien sûr, dans chaque nouvelle, sans exception, on retrouve le style inimitable de Lovecraft, ses phrases alambiquées, son vocabulaire si particulier, son talent pour le suspens, le dévoilement progressif de l'intrigue.

Les thèmes, aussi, m'ont enchantée. On y retrouve bien sûr la mythologie si particulière à l'auteur, celle-là même qui a fait sa renommée. Le seul petit hic, c'est que le recueil s'intitule Le mythe de Cthulhu. Or, je ne vois pas beaucoup de nouvelles s'y rattachant. En fait, ceux qui ont étudié l'oeuvre de H. P. Lovecraft ont divisé ses nouvelles en trois cycles, en fonction de leur sujet et de l'époque où elles ont été écrites. On distingue donc les nouvelles dites "macabres", le cycle des rêves, et le cycle de Cthulhu. De ce dernier cycle, seule L'affaire Charles Dexter Ward s'y rattache. Les autres nouvelles relèvent toutes du cycle "macabre". Bien sûr, cela ne gênera nullement le lecteur qui ne s'intéresse que superficiellement à l'oeuvre de Lovecraft. Mais en tant que fan inconditionnelle , je ne peux pas m'empêcher de pointer ce fait.

Par ailleurs, le recueil est divinement illustré par le très talentueux Loïc Muzy. C'est avec émerveillement que j'ai contemplé les créatures qui peuplent les récits hallucinés de l'auteur. Dernier petit hic de cette chronique, les créatures ainsi dépeintes n'apparaissent pas dans les nouvelles publiées dans le présent recueil, elles appartiennent à d'autres nouvelles qui font sans doute partie des deux précédents tomes. J'ai trouvé ça un peu dommage, car j'aurais bien aimé avoir un visuel des bestioles dont il était question dans ma lecture... Il est toujours un peu perturbant de lire une nouvelle puis de chercher l'illustration correspondante... en vain.

Ma note : 18/20

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

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Célindanaé 17/11/2016 16:11

Super chronique! Je partage ton intérêt pour Lovecraft et je viens d'ailleurs de relire l'affaire Charles Dexter Ward qui est un de mes préférés avec le cauchemar d'Insmouth.

Acherontia 21/11/2016 11:46

Merci pour la chronique ^^
Oui, je les aime bien aussi, ces deux nouvelles-là. J'aime bien aussi les nouvelles "L'abomination de Dunwich" et "La couleur tombée du ciel", tant qu'à faire. En fait, il y en a beaucoup qui sont très bien :-)