[Chronique] Le conclave des ombres. 2, Le roi des renards, de Raymond Feist

Publié le 10 Août 2016

Synopsis

Sous l'influence du conclave des Ombres, le jeune Serre a changé. Désormais, il est Serwin Fauconier, le meilleur bretteur de tout Roldem.Mais sous ses airs de noble fringants, un seul désir occupe ses pensées: venger sa famille massacrée.Deux des coupables ont déjà trouver la mort antre ses mains, mais Serre ne connaitra la paix que lorsqu'il aura découvert la raison de ces meurtres, et puni celui qui les a commandités. Cependant sa formation au Conclave à un prix: il doit enquêter sur Leso Varen, un sorcier aux terrifiants pouvoirs. Pour cela, Ser doit entrer au service du maître du sorcier, qui n'est autres que le duc Kaspar D'olasko, l'homme qu'il soupçonne d'être le responsable du massacre de sa famille... De plus, s'il consent à lui prêter allégeance, il se verra ordonner de traquer les ennemis du duc... c'est-à-dire ses propres amis, les menbres du Conclave!

La loi d'attraction universelle...

Ce roman est mon premier roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Milady pour ce troisième trimestre de l'année. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

J'avais lu le premier tome en début d'année, et mon avis était plutôt mitigé, encore que positif. Les principaux défauts du roman étaient le style d'écriture un peu plat, une histoire qui débutait de façon un peu banale (un peuple annihilé, une histoire de vengeance...), un personnage au cœur pur qui se transforme en macho enchaînant les conquêtes... Mais il y avait du bon, tout de même, car la fin du roman donnait envie de connaître la suite. Suite que je me suis donc empressée de lire dès sa sortie...

[Chronique] Le conclave des ombres. 2, Le roi des renards, de Raymond Feist

Un meilleur style d'écriture...

Le premier point qui m'ait sauté aux yeux, à l'entame de ce second opus, c'est le style d'écriture, que j'ai trouvé nettement meilleur que dans le premier tome. Pas que la prose se soit faite soudainement poétique ou alambiquée, mais il y avait un petit je-ne-sais-quoi qui lui procurait une qualité supplémentaire, qui la rendait moins plate. Du coup, j'ai pris nettement plus de plaisir à lire ce tome-ci, à profiter de la magie des mots comme j'aime tant à le faire.

Le prince Matthew était fier, même si cette fierté était basée sur la vanité plutôt que sur ses prouesses.
- Je refuse d'abandonner, déclara-t-il d'une voix étranglée, en ravalant ses larmes.
- Bien dit, Altesse, approuva gaiement Ser. Donnons à la galerie un spectacle mémorable, voulez-vous?
Lorsque Vassily leur donna l'ordre de reprendre, le prince Matthew ne bougea pas d'un pouce, laissant Ser porter la première attaque. Il feinta pour obliger son adversaire à réagir. Puis il fit voler le sabre des mains du prince, glissa la pointe de son arme sous son masque et le lui enleva. Ensuite, il passa sur le côté et administra au prince un coup en travers des fesses, de toutes ses forces. La réaction de la foule fut immédiate. Des hoquets de stupeur se mêlèrent aux sifflets et aux railleries. Le coup était si puissant que le prince Matthew tomba à genoux, les mains tendues devant lui. Il avait le visage rouge et les yeux enflés à cause des larmes de douleur versées lors des coups précédents. Cette dernière attaque fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Incapable de se retenir, il se mit à pleurer à chaudes larmes.
Des courtisans se précipitèrent pour aider le prince humilié à se relever. Ser lui tourna le dos et s'en alla - encore un manquement à l'étiquette. Dans la galerie, plusieurs jeunes femmes venues dans l'espoir d'attirer le regard de Ser se levèrent et le dévisagèrent avec mépris avant de sortir.

Le roi des renards, de Raymond Feist

Des rebondissements efficaces...

Le second point qui a rendu ma lecture beaucoup plus agréable, ce sont les intrigues et les rebondissements, nombreux, bien ficelés et placés au bon moment. Il y avait du rythme dans ce récit, il y avait du suspense. Je ne pouvais m'empêcher de me demander ce qui allait se passer après, ce que Serre allait bien pouvoir vivre comme nouvelle péripéties, ou comment il allait parvenir à se tirer de telle ou telle situation. C'était très agréable, surtout cette partie où il est jeté en prison sur une île et où on se demande comment il va pouvoir se sortir de là indemne ou presque.

Pour parvenir à distiller son suspense, Feist introduit de nouveaux éléments dans son histoire, tout en développant les intrigues déjà présentées dans le premier tome.

Un nouveau personnage qui sème le doute

Un premier élément nouveau est introduit dès les premières pages, il s'agit du nouveau domestique de Serre, Amafi. Celui-ci avait à l'origine pour mission de l'assassiner, mais Serre a su trouver une parade convaincante et a fini par embaucher Amafi à son service. Confiant, le bonhomme... Au début, j'ai trouvé ça tellement naïf. Cette action ressemblait plus au Serre du début du premier tome qu'au Serre que l'on voit après son apprentissage auprès du Conclave des ombres. Mais soit, j'ai trouvé l'idée au final assez positive, car cela permet de créer un suspense qui durera jusqu'à la fin du volume.

Car vous vous en doutez, tout au long du récit, on ne peut s'empêcher de se demander si Amafi restera fidèle à Serre, et à quel moment ce dernier se verra trahi.

- Peut-être, Magnificence, mais un homme doit avoir une sacrée personnalité pour faire face à ses propres défauts. C'est bien plus facile d'en vouloir aux autres.
"En apprenant que vous aviez l'intention de revenir, il a commandité les services d'un assassin, bien moins discrètement qu'il ne l'aurait dû, et j'ai été engagé pour effacer cette tache de son honneur, ajouta-t-il en désignant Ser. Il a au moins eu l'intelligence de passer par un... négociant... à Salador, de peur que le blâme retombe sur lui à Roldem. J'ai "échoué", alors l'honneur exige que je lui rende son or et que je cherche à transformer cet échec en triomphe. Engagez-moi, Magnificence, et je vous servirai, je vous en donne ma parole!
Ser réfléchit. Il était de retour à Roldem depuis moins d'une journée et il avait besoin des yeux et des oreilles d'une personne de confiance.
- Jusqu'au moment où tu pourras me trahir sans risque?
Amafi sourit avec malice.
- C'est possible, messire, car je n'ai jamais été un homme de constance. Mais, même moi, je ne brise pas facilement un serment. De plus, compte tenu de vos talents rares, je doute qu'une telle occasion se présente, car il faudrait que cela me permette de devenir plus riche encore que j'espère le devenir à votre service.
Ser éclata de rire. Amafi possédait une candeur rafraîchissante qui lui donnait envie de lui faire confiance - jusqu'à un certain point du moins. Tant qu'il n'essayait pas de dépasser ce point-là, il devrait pouvoir s'appuyer sur l'assassin.
- Très bien, allons au temple de Lims-Kragma pour que tu prêtes serment.

Le roi des renards, de Raymond Feist

Un nouveau maître

On le sait, dans le premier tome, Serre cherchait à entrer au service du duc d'Olasko d'une façon ou d'une autre, et ce afin de mieux le trahir et ainsi venger son peuple. Cela lui permettait également d'avoir accès à Leso Varen, le sorcier qui accompagne le duc dans tous ses méfaits et qui est probablement à la base du génocide des Orosinis.

Il faut attendre le second tome pour que Serre y parvienne, en jouant finement au jeu des intrigues politiques et en mettant à mal sa notoriété en tant que vainqueur du tournoi des épées.

Ser resta immobile.
- Allez-y, dit le duc Kaspar derrière lui.
Brusquement, Ser entendit un faible bourdonnement, juste à la limite de l'audible. On aurait dit de lointains murmures. Il s'aperçut que ses paupières devenaient lourdes et que son corps s'affaissait, comme s'il était sur le point de s'endormir.
Puis une voix déclara :
- Ton esprit est à moi, et tu ne peux me cacher aucun mensonge.
Ser éprouva un picotement familier à la base du crâne, juste au-dessus de la nuque, et comprit que le sorcier utilisait la magie. Il avait déjà connu pareilles sensations sur l'île du Sorcier, lorsqu'on l'avait soumis à différents types de sortilèges. Il n'avait plus qu'à espérer que les choses que Pug, Miranda et Magnus lui avaient faites lors de son séjour là-bas allaient l'aider à traverser cette épreuve.
Le duc Kaspar apparut dans le champ de vision de Ser.
- Serwin Fauconnier, jurez-vous sur votre vie, de nous servir, moi et ma lignée, jusqu'à ce que je vous libère de votre engagement? Acceptez-vous de me servir librement, sans réserve, ni mensonge, ni subterfuge? Renoncez-vous à la vie dans le cas contraire?
- J'accepte, répondit Ser d'une voix pâteuse.

Le roi des renards, de Raymond Feist

Découvrir le point faible...

Une des grandes difficultés auxquelles se heurte Serre, c'est le fait que la citadelle d'Opardum, fief du duc d'Olasko et de Leso Varen, est réputée imprenable. Mais le mot "impossible" ne semble pas faire partie du vocabulaire de notre héros, aussi met-il à profit son nouvel emploi auprès du duc pour explorer la citadelle et tenter de trouver la faille.

Cela lui avait coûté trois nuits d'exploration, mais il avait fini par découvrir la sortie devant laquelle il se tenait à présent. Il posa sa lanterne et contempla la crevasse que les cartes, dans la bibliothèque du duc, désignaient clairement comme le plus grand obstacle empêchant de gravir l'escarpement. Loin au-dessus de la tête du jeune homme, le ciel s'éclaircissait entre les deux grandes parois de cette plaie profonde qui s'ouvrait dans la terre. Juste en face de lui, Ser découvrit une chose à laquelle il ne s'attendait pas du tout : un chemin descendait le long de la paroi opposée de la crevasse. Il sortit de la caverne pour regarder en contrebas et découvrit un autre chemin le long de la roche. En suivant la route des yeux dans la lumière matinale, il vit ce dont il n'avait jamais osé rêver : il existait un moyen de traverser le gouffre qui protégeait les arrières de la citadelle depuis des siècles.

Le roi des renards, de Raymond Feist

Sex ist eine Schlacht, Liebe ist Krieg...

(Le sexe est un combat, l'amour est la guerre - Rammstein)

Je vous en avais parlé dans ma chronique du premier tome, Serre, qui est à l'origine un garçon sensible et s'attachant rapidement aux femmes qu'il rencontre, reçoit un enseignement du Conclave des ombres. Grâce à eux, il apprend à ne pas laisser ses sentiments interférer dans les affaires politiques. Malheureusement pour lui, l'expérience cuisante que le Conclave lui a infligé pour lui inculquer la leçon l'a rendu un brin machiste sur les bords. C'est très bien pour ses nouvelles missions, bien entendu, mais moi, je ne peux m'empêcher de me sentir à chaque fois déçue de voir un cœur pur ainsi brisé au profit des intrigues politiques et de la guerre.

Mais soit. Dans ce second tome, Serre reste égal à lui-même, couchant avec les personnes influentes afin d'arriver à ses fins.

Il avait été facile de lui administrer la mixture, comme l'avait prédit Amafi. Pendant qu'elle dormait, Ser avait sorti une mince cordelette en soie et la minuscule fiole de poison. Il avait lentement versé le poison, une goutte après l'autre, le long de la corde jusqu'aux lèvres de la princesse. Toujours selon les prédictions d'Amafi, la princesse s'était léché les lèvres dans son sommeil, et Ser avait fait une pause chaque fois qu'elle bougeait. Le poison avait un goût sucré et une texture collante. Le lendemain matin, le résidu sur ses lèvres était devenu inoffensif en séchant. Ser avait donc réveillé la princesse d'un baiser sans craindre pour sa vie. Ils avaient fait l'amour avant l'aube, alors que Ser savait qu'elle était déjà morte, par sa faute.
Il éprouva un début de remords et le repoussa à l'intérieur de lui. En dépit de son charme, la princesse était aussi impitoyable, à sa manière, que Kaspar. Le sexe n'était que l'une de ses nombreuses armes, et la passion dont elle avait fait preuve et les mots doux qu'elle lui avait susurrés à l'oreille ne signifiaient rien. Ils faisaient seulement partie de l'expérience et n'étaient pas à prendre au sérieux.

Le roi des renards, de Raymond Feist

Et le voyage ne s'arrête pas là...

Bien sûr, je ne vous raconte pas tout, sinon ce serait du spoil et vous n'auriez plus envie de lire ce roman...

Bien sûr, l'histoire continue, riche en rebondissements, en ennemis que l'on s'est mis à dos et qui se rebiffent, en trahisons en tous genres, en voyages inattendus, en moments de désespoir sombre, en traversées du désert, et en bien d'autres choses encore... Non, vraiment, ce second tome m'a réservé de belles surprises qui m'ont ravie.

À ce propos, j'ai trouvé une belle scène gore dans ce roman. Vous pouvez la retrouver sur ma page Acherontia's finest collection of gore scenes ^^

En résumé...

Un second opus meilleur à mon sens que le premier, avec un style d'écriture un peu plus fluide et plus agréable.

Le personnage de Serre s'étoffe peu à peu et, bien qu'il reste égal à lui-même concernant les femmes, il devient de plus en plus mûr et intéressant. C'est vraiment dans ce second tome que j'ai commencé à m'y attacher (mouvement déjà initié dans le premier tome, mais qui avait un peu décliné lorsque j'ai vu le changement opéré par le Conclave des ombres sur le caractère de Serre).

L'histoire riche en rebondissements m'a vraiment bien plu, si bien qu'à présent j'ai hâte de lire la finale de cette trilogie!

Ma note : 15/20

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

 

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