[Chronique] Les foulards rouges. 2, Terre, de Cécile Duquenne

Publié le 19 Mai 2016

[Chronique] Les foulards rouges. 2, Terre, de Cécile Duquenne

Synopsis

Lara et Renaud ont réalisé l’impossible : avec une poignée de Foulards Rouges, ils se sont évadés de Bagne, la planète-prison désertique. En se crashant sur Terre, ils plongent non seulement dans les eaux de la planète Bleue, mais également dans les intrigues politiques tentaculaires du Parti, celles-là même qui ont fait d’eux des criminels... et désormais des fugitifs. Trouvant refuge en Australie, ils comptent bien mettre en place une véritable résistance. Car Renaud sait sur les origines du Parti des secrets inavouables qui l’ont convaincu depuis longtemps que, davantage qu’une simple vengeance, il s’agit d’offrir la liberté à tout un peuple tenu dans l’ignorance et le mensonge depuis des siècles. Il est cependant loin d’imaginer à quel point lui et Lara, qui vient de se découvrir des pouvoirs de Thaumaturge, forment des pièces centrales sur l’échiquier des forces en jeu. Malgré leurs efforts acharnés, ont-ils jamais eu la moindre chance de sauver l’humanité et de réécrire son avenir... ?

La loi d'attraction universelle...

Ce roman est mon troisième roman lu dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore pour ce second trimestre de l'année, Je remercie donc très chaleureusement les éditions Bragelonne pour ce partenariat issu de leur collection "Snark".

Chroniques des tomes précédents...

Tome 1, Bagne...

Qui dit deuxième tome...

Je vous l'ai dit dans ma première chronique, l'univers des Foulards Rouges est très riche, très dense. Dans ma chronique du premier tome, je me suis attachée à la description de cet univers et de ses personnages. C'est une partie qui sera beaucoup moins développée dans cette seconde chronique, puisque cela a déjà été fait dans la précédente. Je ne peux donc que vous conseiller de la lire si vous souhaitez un aperçu général de l'univers.

Dans la chronique de ce tome 2, je vais avant tout parler de l'histoire, des changements depuis le tome 1, et de l'évolution des personnages. Pour éviter de spoiler le lecteur qui n'aurait pas encore lu ce second opus, et afin de donner envie à ceux qui ne l'ont pas lu de le faire sans plus tarder, je ne parlerai que du début du roman.

Pour les lecteurs qui n'ont pas du tout entamé la saga, je vous conseille, pour éviter tout spoil, de vous arrêter ici et de ne lire que la chronique du premier tome...

Un départ compliqué...

À la fin du premier tome, Lara, Renaud et leurs comparses Foulards Rouges étaient parvenus à s'enfuir de Bagne, la planète prison. Après une série de péripéties totalement épiques et jouissives dans l'espace, à bord de leur vaisseau guidé par la magie, ils atterrissent enfin sur Terre. Oui, bon... Quand je dis sur Terre, entendez par là, l'océan... Il vaut mieux pour eux, notez. Mieux vaut un grand plouf qu'un gros boum, comme qui dirait...

Mais vous vous doutez que leurs (més)aventures ne s'arrêtent pas là. Que vont-ils trouver sur Terre? Qui seront leurs amis, leurs ennemis? S'ils parviennent seulement à sortir du vaisseau et à gagner la surface...

Crocodile Dundee...

L'intrigue se focalise d'entrée de jeu sur Lara. Elle a survécu au crash du vaisseau, a réchappé à la noyade, mais n'a aucune idée d'où elle se trouve ni du sort de ses compagnons d'infortune. Le suspens est à son comble! A-t-elle été faite prisonnière par des gens du Parti pour la paix? Ses amis sont-ils morts? Sont-ils retenus prisonniers, ou agonisant sur une plage lointaine?

Pour répondre à ces questions, Lara émerge péniblement de sa convalescence et s'en va explorer le lieu où elle pense être retenue contre son gré. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle s'aperçoit que le seul couloir auquel elle ait accès débouche sur... une arène!

Lara va encore devoir se battre pour sa vie et pour celle de ses amis, pour notre plus grand plaisir! Et il se pourrait bien que le combat recèle quelques belles surprises...

Une terrible douleur la saisit à la jambe et l’emporta vers le fond.
Non.
NON !
Le haut et le bas n’étaient plus qu’une vague notion étrangère à sa logique. La bête ne lâchait pas. Elle agita Lara en tous sens ; broyant le muscle ; écrasant l’os. Elle mâchait – sa jambe. Dans un hurlement strident, Lara expulsa le peu d’air qui lui restait. Tout à coup, les contours du monde se firent plus nets, comme si les éclairs de souffrance décuplaient l’acuité de ses sens.
Elle se rappela qu’elle tenait toujours l’épée et la projeta dans la direction approximative du crocodile. La pointe toucha l’écaille sans l’entamer. Lara frappa de toutes ses forces. Aucun effet notable, sinon que l’animal se mit à nager de manière à les éloigner du bord. Lara faillit perdre connaissance, comme la peur et le manque d’air l’étouffaient, mais soudain son nez perça la surface. La bête était pourchassée par les siens et louvoyait pour les éviter. Lara cracha un peu d’eau, inspira quelques – ténues – gorgées d’air. Saisissant sa chance avant que le crocodile ne replonge, elle jeta ses dernières forces dans un coup désespéré : son corps lui hurlait d’abandonner la partie, mais elle enfonça la lame entre les yeux, là où la peau et l’os seraient les plus fins.
De douleur, la bête contracta les mâchoires, lui arrachant un nouveau cri, puis le terrible étau se relâcha soudain. Lara eut l’impression d’être une éponge déchiquetée, essorée, qui se vidait d’eau et de sang. Cela surpassait toutes ses précédentes expériences traumatisantes. Toutes les fois où on lui avait tiré dessus. Elle se laissa donc emporter par le courant, vers le mur de l’Arène, manquant de s’assommer contre la pierre. Le crocodile mort sur le coup s’enfonça dans l’eau avec l’épée, ce qui attira aussitôt l’attention de ses congénères, qui serpentèrent vers lui pour la curée.
Avec tout le sang perdu, Lara se sentait au bord de l’évanouissement. Le destin avait voulu qu’elle ait refait surface près du bouclier miraculeusement intact et… en bois. Du bois qui flottait. Les larmes aux yeux, Lara s’y raccrocha de toutes ses forces. Sa gorge la brûlait jusque dans l’estomac. Respirer devenait un supplice. Les allers et retours de l’air entre sa bouche et ses poumons arrachaient à chaque passage leur dîme de souffrance. Ses oreilles se débouchèrent, l’ouïe lui revint. Une formidable clameur s’élevait depuis le public, ravi du spectacle. Apparemment, beaucoup l’avaient cru morte.

Terre, de Cécile Duquenne

J'ai retrouvé un petit côté Hunger Games dans le début de ce second tome. Et quand je dis "petit", je pense plutôt à son opposé... Une arêne... Une lutte acharnée pour sa survie... Devoir tuer pour s'en tirer... Du sang partout... Une héroïne exemplaire avec de longs cheveux sombres ramenés en tresse... Un univers dystopique... Bref, vous m'avez compris!

Heureusement, cette tendance diminue légèrement par la suite, car l'auteur met en place un univers bien à elle, qui contient beaucoup d'originalité et de personnalité.

Bien sûr, vous vous doutez qu'elle se sort de cette fameuse arène (puisque le roman continue sur plus de 400 pages après cette scène...), mais dans quel état?

Portrait d'un Thaumaturge façon Arcimboldo...

Renaud, quant à lui, est en plus mauvaise posture que Lara. Comment? me direz-vous. Il existe pire encore que l'arène et les crocodiles géants? Eh bien, croyez-moi, oui, il existe un endroit pire que cela. Et cet endroit s'appelle l'intérieur de sa propre tête...

C'est que Renaud a mal vécu le crash du vaisseau. La magie nécessaire au maintient de ce dernier l'a laissé épuisé. Et lorsqu'on se retrouve entraîné sous l'océan, il n'est guère bon d'être épuisé si l'on veut sortir la tête de l'eau un jour.

Malgré le sauvetage in extremis effectué par Lara, le Thaumaturge ne s'en tire pas à si bon compte qu'elle. Le diagnostic tombe, Renaud est dans un coma profond. Un légume, selon le médecin qui s'occupe de lui...

Lara sursauta. Passant les bras autour de son torse comme pour se réchauffer, elle entra malgré elle dans la pièce afin de laisser passer le nouveau venu. L’homme en blouse blanche se dirigea vers une boîte, toute simple, de laquelle s’échappait un ronronnement discret. Le médecin – car c’était bien lui – vérifia quelque chose sur les bandes de papier millimétré qui dégringolaient en fines boucles jusqu’au sol. Après quoi, il déroula son stéthoscope pour écouter le cœur de Renaud.
Lara sentit que le sien allait s’arrêter pour de bon.
—  Expliquez-moi, exigea-t-elle de but en blanc.
Le médecin grimaça, comme si l’odeur de marécage qui flottait autour d’elle le dérangeait :
—  Pour une raison inconnue, votre ami se trouve plongé dans un coma profond de stade III.
—  Stade III ? interrogea-t-elle, peu au fait du jargon médical.
—  Humm, oui, stade III, répéta-t-il, se complaisant à la maintenir dans l’ignorance.
Insupportable. Ce gnome gonflé de fatuité prenait un plaisir évident à jouer le rôle du professeur. Lara le prit immédiatement en grippe.
—  Expliquez-moi, répéta-t-elle.
Cette fois, elle s’arrangea pour que cela sonne comme une menace. Le médecin se montra tout de suite plus coopératif, mais il n’en demeura pas moins agressif :
—  Humm, eh bien, il n’a plus de tonus musculaire, ce que même vous pouvez constater. Il ne réagit plus aux stimuli extérieurs, qu’ils soient lumineux ou autres. Pas non plus à la douleur. En d’autres termes : c’est un légume.
Choquée, Lara ne prit même pas la peine de retenir la méchante saillie qui lui démangeait le bout de la langue :
—  Parlez encore une seule fois de Renaud en ces termes, et c’est vous qui tomberez dans le coma.
Le médecin recula. L’assistance respiratoire se mit en travers de son chemin de retraite, donnant corps à cette menace.
—  Vous… vous n’oseriez pas.
—  Oh, je suis Lara Carax et je suis sortie indemne de votre Arène. J’ose tout, même le pire. Surtout le pire. Ça se sait.
—  Sans moi, votre ami serait déjà mort.
—  Je suis sûre qu’il y a d’autres médecins tout aussi compétents que vous à Canberra, et bien plus délicats et respectueux avec leurs patients.

Terre, de Cécile Duquenne

Bref, un retour sur terre chaotique pour un roman qui débute sur les chapeaux de roue!

Vous le savez, nous autres, lecteurs, sommes des monstres de sadisme. Plus les héros galèrent et souffrent, plus on en redemande! Et c'est bien ce qui se produit dans la première partie. Oh, bien sûr, cela continue, encore et encore, jusqu'à la toute fin. Lara ne serait pas Lara sans sa dose de combats, son lot de souffrance et sa pléthore de questions existentielles. Et c'est ce qu'on aime, finalement! Chez moi, en tout cas, la sauce a bien pris. D'entrée de jeu, j'ai été happée par le récit et par le calvaire des personnages, que j'ai aimé voir évoluer au fil des épisodes.

De nouveaux objectifs...

Lara et Renaud ont enfin quitté Bagne. Quel bonheur!

Ils ont rejoint la planète Terre. Quelle horreur!

Car leurs aventures ne s'arrêtent pas au seul fait de l'évasion, vous vous en doutez. Sinon, il n'y aurait pas de tome 2...

En s'évadant, ils ont défié le Parti pour la paix, et ce dernier entend bien ne pas en rester là. Quand un groupuscule d'hommes et de femmes défient tout un système politique bien établi, c'est un peu le pot de terre contre le pot de fer. Mais Renaud, lui, prétend détenir certains secrets concernant le Parti et la création des Thaumaturges. Il a entendu parler d'une prison où seraient enfermés d'autres Thaumaturges comme lui, d'autres magiciens capables de réfléchir. Et que dit réfléchir, dit aussi désobéir...

—  Je dois réapprendre la peur…, souffla-t-elle, le regard brillant d’excitation comme elle venait enfin de trouver une solution à son problème. Et pour cela, je dois trouver mes limites, savoir où m’arrêter. Sinon, je perdrai toujours le contrôle. Je dois cesser de me croire invincible.
—  C’est un bon plan, approuva Renaud.
À cet instant, Lara crut même déceler un soupçon de fierté dans sa voix.
—  Ce n’est pas ce qu’on nous apprenait à l’Académie Militaire, mais le Parti n’encourageait pas ses Thaumaturges à apprendre. Il voulait des mages soumis, plutôt que des êtres invincibles. Ce dont nous avions peur, c’était du Dalaï, de la prison, de…
—  Il y a une prison pour Thaumaturges ? s’étonna Lara.
Renaud haussa les épaules.
—  C’est la rumeur qui court. L’un de mes premiers objectifs est de trouver cette prison, si elle existe, et de délivrer les mages qui y sont enfermés. Cela ne blessera pas d’innocents, et le Parti ne pourra pas continuer à nous ignorer. La vérité sur nos origines ne tardera alors pas à éclater, portée par la multitude.
—  Je vois…
—  Enfin, bref : pour trouver tes limites, il va d’abord falloir que tu comprennes la nature profonde de ton pouvoir. Tu as été créée sur Bagne, et cela implique certaines… particularités.
—  Lesquelles ?
—  Eh bien, Bagne est une planète dite « morte », mais c’est faux : en vérité, elle se bat pour survivre.
—  Je… je ne te suis pas. Mais alors pas-du-tout. Quel rapport avec moi ?
—  Viens, assieds-toi, on a le temps pour une leçon ou deux d’ici à ce que tout le monde se réveille. Toujours pas sommeil ?

Terre, de Cécile Duquenne

D'une autre part, Lara et Renaud se heurtent à des problèmes plus immédiats, comme nous allons le voir ci-plus bas...

De nouvelles rencontres...

Au gré de leurs aventures, le petit groupe de Lara, Renaud, Claudia et d'autres aura l'occasion de rencontrer d'autres dissidents au régime. Ceux-ci, appelés les Enfants de Proudhon, vivent en autarcie dans une ville abandonnée. Ils accueillent Lara et ses comparses et les aident dans leur quête. Mais c'est sans compter sur Kilian, le "mari" un peu bizarre de Renaud, qui refait surface et qui aimerait bien que leur relation reprenne son cours, et Nikki, la fille rebelle du Diacre Michael qui avait soigné Lara après ses péripéties en haute mer.

Je vous avoue que Kilian n'est pas mon personnage préféré. Je l'ai trouvé irritant et plutôt lourd, parfois même un peu suffisant. Son personnage ne suffit toutefois pas à gâcher l'entièreté du récit, bien heureusement. Mais je l'imaginais un peu plus mûr, un peu plus réfléchi. Il m'a fait l'impression d'un ado attardé à qui tout est dû. Et ses retrouvailles avec Renaud m'ont déçue également. Il le croyait mort depuis vingt ans, je pensais qu'ils allaient se sauter dans les bras, tomber dans les pommes, je ne sais pas, moi... Mais ressentir quelque chose de fort, en tout cas. Et non... Déçue, j'ai été... Rester sur ma faim, je dois...

Nikki, en revanche, m'a plu d'emblée. Avec son côté rebelle et son impertinence, elle m'a prêté à rire plus d'une fois. J'ai beaucoup admiré son aplomb, et l'intelligence avec laquelle elle analyse des situations qui ne sont pas vraiment de son âge. Très impressionnant... Mais un peu trop romancé, peut-être.

—  Oui, bon, ça va, tu meurs d’envie que je pose la question. Je te préviens, je ne supplierai pas. Dis-moi : ils sont où, vos bateaux pirates ?
—  Aaaah, ça, Renaud, c’est toute la beauté de la chose : nous n’avons pas de bateaux pirates.
—  Ah bon ? Et de quoi vous vivez ? D’où viennent tous vos meubles ? Vos ressources ? Et d’où vous tirez les venaisons que j’ai mangées hier soir ? Ne va pas me dire qu’il n’y avait que du kangourou et du crocodile au menu, je ne te croirai pas.
—  Nous avons des sous-marins d’abordage.
Renaud ouvrit une bouche béate d’admiration et d’indignation mêlées, comme il se sentait idiot de ne pas y avoir pensé plus tôt.
—  Ils sont magilectriques ?
—  Non. Ce sont des modèles de « fabrication locale », on va dire.
—  Ils fonctionnent à quoi, alors ?
—  À la vapeur, mon ami. L’avenir est dans la vapeur ! s’exclama Kilian en levant sa tasse de thé fumant. Bon, ça n’a pas été sans sacrifices aux premiers essais, mais cela fonctionne, désormais.
—  Comment avez-vous obtenu les matériaux ? Et confectionné les pièces ?
Seul le silence lui répondit. Renaud n’insista pas : il s’agissait d’un autre de ces secrets que Kilian ne pouvait lui révéler sans trahir sa parole ou celle d’un autre.
—  Et donc vous arraisonnez des vaisseaux du Parti avec vos sous-marins ?
—  Mieux que ça : on les coule. Ensuite, avec nos automates, on récupère la marchandise dans l’épave.
—  Malin.
—  Pas assez spectaculaire.

Terre, de Cécile Duquenne

D'impressionnantes théories alambiquées...

Ah, Renaud et ses grandes théories scientifiques!

C'est une chose qui ne cesse de m'étonner dans cette sage. Les théories scientifiques s'enchaînent et se ressemblent... presque. Car à chaque fois, on en apprend un peu plus sur l'origine de la magie, le fonctionnement des planètes, les flux électromagnétiques et j'en passe. Petit bout par petit bout, on parvient à décoder les grands principes qui régissent cet univers très particulier, un peu comme un archéologue qui époussète par petits coups de pinceau une griffe de ptérodactyle enfouie six pieds sous terre.

Personnellement, je reste totalement bluffée par ces théories. Elles sont fumeuses, plus que certainement, à moins que... Je vous avoue ne rien y connaître dans ces domaines-là. C'est bien là le problème, avec Cécile Duquenne. Elle parvient à rendre ses théories tellement plausibles qu'on se demande si c'est nous qui sommes totalement ramollis du cerveau au point de ne pas connaître ces grands principes de base, ou si c'est elle qui affabule de façon magistrale...

Pour ce point-là, franchement, chapeau bas...

—  Alors… Bagne est une planète mourante, son noyau est en train de se solidifier, ce qui explique l’absence de vie, l’état pathétique des ressources naturelles, et le fait que les gens meurent si vite : quand tu te reçois un vent stellaire dans la figure et que tu n’y es pas préparé, ça fait mal.
—  Je vois.
—  Tu te rappelles l’orage magilectrique juste avant notre départ ?
—  Oui. Et ?
—  Eh bien les orages magilectriques sont des orages « auto immunes », qui n’ont rien à voir avec la météo. Bon, sûrement que Pulp avait neutralisé le système des Veilleurs, et si un véritable orage nous était tombé dessus, on ne l’aurait pas vu venir non plus. Mais là, l’orage s’est formé sur place. Il n’est pas venu du sud. En fait, ces orages si particuliers se produisent à deux conditions, parfois simultanées, parfois non.
—  Qui sont ?
—  Les tempêtes stellaires, d’une part. Donc une cause extérieure à la planète.
—  Et ? l’encouragea-t-elle.
—  Et l’apparition ou le déplacement d’un pôle magnétique, d’autre part.
—  Donc… si je comprends bien… l’orage a eu lieu parce que le pôle magnétique de Bagne s’est déplacé sous l’Hacienda, et qu’une tempête stellaire a eu lieu en même temps ?
—  L’un des pôles magnétiques moribonds de Bagne, corrigea Renaud, dont la force et la densité fluctuent. Lors de l’orage, il a dû y avoir une fulgurance. Tu es donc née au-dessus d’un pôle mourant qui à ce moment-là avait retrouvé sa vigueur d’antan et était donc… très puissant. C’est pour cela que ton pouvoir est si…
Il cherchait un terme qui ne soit ni insultant ni inquiétant, mais Lara ne vit pas de raison de s’embarrasser :
—  Dangereux. Pour les autres. Pour moi.

Terre, de Cécile Duquenne

Quand la magie est trop omniprésente...

Le problème majeur auquel Lara aura à faire face à son arrivée sur Terre - et Renaud par la même occasion - c'est sa magie naissante. Oui, désolée, je vous casse l'effet de surprise, pour le coup... Mais c'est vous qui l'avez accepté, hein, c'est vous qui avez décidé de sauter par-delà ma bannière anti-spoil ^^

Donc Lara a l'heureuse surprise qu'elle aussi est un petit peu magicienne sur les bords. Pas que cela lui déplaise, car cela peut s'avérer utile, surtout en temps de guerre. Mais ces pouvoirs prennent rapidement de l'ampleur et finissent par l'effrayer. Elle doit apprendre à les maîtriser afin de ne pas nuire aux personnes qui l'entourent. En parallèle, Lara fait des rêves de plus en plus étranges qui ne peuvent trouver une explication que dans ses nouveaux pouvoirs et la façon dont elle les a acquis...

Ses rêves devenaient de plus en plus étranges. Après avoir passé plusieurs nuits à brûler vive sans que la flamme ne la consume, elle se retrouvait désormais prisonnière d’un cocon de cendres solidifiées. Les jambes ramenées contre son torse, la nuque courbée vers l’avant et les coudes collés aux flancs, elle n’entendait plus que le bruit de sa propre respiration. Le craquement du bois avait disparu peu après l’extinction des flammes. Le bruissement des cendres s’était tu.
Elle était seule.
Avec la disparition de la chaleur revint le froid. D’abord simple picotement, puis glacial, insupportable. Les lèvres collées par le givre, les membres gourds… Prise de frissons, elle éprouva très vite le besoin de bouger, mais la coque protectrice qui l’enveloppait ne lui laissait aucune liberté de mouvement. Son premier réflexe fut de hurler pour qu’on lui vienne en aide, mais seul un grondement sourd et inhumain sortit de sa gorge. Qu’est-ce que c’était que ça ? Elle hurla, formant des mots, des phrases entières, mais elle n’émettait que des bruits de bête ou des plaintes aiguës. En s’agitant, Lara sentit un ergot de cristal s’enfoncer dans sa peau. Elle se retourna sur elle-même pour s’écarter de la chose qui lui faisait mal, mais elle comprit qu’il s’agissait de ses propres ongles devenus griffes. Elle voulut ouvrir les yeux, mais ses paupières, collées elles aussi, refusaient de bouger. Se débattant de plus belle, ses sens s’éveillèrent, et elle sentit l’écaille de sa peau, l’élasticité de sa chair et, enfin, se découvrit une langue bifide.
Que lui arrivait-il ?

Terre, de Cécile Duquenne

Je vous avoue tout! C'est le point qui m'a le plus chagrinée dans ce second opus. La magie naissante de Lara est une belle surprise pour le lecteur, certes, mais j'ai trouvé cette solution trop facile, trop simpliste. Le personnage de Lara se trouve un peu en difficulté? Qu'à cela ne tienne! On lui ajoute un peu de magie, et le tour est joué!

Mon ressenti, c'est que ça dénature complètement le personnage de Lara, qui est une femme forte par son seul caractère et sa seule force physique. Pour moi, elle n'avait pas besoin de magie pour réussir son entreprise. Mais bon, l'auteur a voulu surprendre son lectorat, c'est de bonne guerre. Cela aurait pu effectivement être une idée de génie, si la magie de Lara n'avait pas été aussi puissante d'entrée de jeu. Certes, il y a l'enjeu de l'apprivoisement, le fait qu'un tel pouvoir confère de grandes responsabilités, et qu'il lui faut gérer de nombreux problèmes auxquels elle n'avait jamais songé.

Mais il n'empêche que je suis restée sur ma faim. Terminé, la Lara qui se bat comme une lionne pour survivre à ses blessures. À présent, même une jambe déchiquetée peut guérir en moins de deux et continuer à la porter aussi loin qu'elle le souhaite. Mouais, bon, n'allez pas chercher, c'est magique...

En résumé...

Dans ce second tome, certains éléments m'ont plu, d'autres moins...

Tout ce qui a fait mon régal dans le premier tome et qui se retrouve dans le second comptent évidemment parmi les éléments que j'ai aimé. L'écriture de l'auteur, l'héroïne et son caractère, l'univers toujours aussi magnifiquement fouillé, les scènes d'action fluides, le style oscillant entre la SF et le steampunk...

Je trouve juste dommage que les nouveaux éléments introduits ne me satisfont pas comme je m'y attendais. La magie est trop présente et est utilisée un peu comme une solution de facilité (à mon sens), certains personnages peuvent être agaçants (n'est-ce pas Kilian...), certains rebondissements semblent moins plausibles. Sans compter que, comme prévu, la planète Terre est moins séduisante et exotique que Bagne. Si Bagne manque à Lara, je dois dire qu'à moi aussi!

Ma note : 15/20. Vous voyez, je n'ai pas trop sorti mes vilains crocs! La qualité littéraire est omniprésente malgré tout, il faut le reconnaître.
[Chronique] Les foulards rouges. 2, Terre, de Cécile Duquenne

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

... où vous entendrez parler de lutins. Hé oui, une fois n'est pas coutume! Mais pas n'importe quels lutins, alors, ça non! Des lutins urbains! Comment cela, ça n'existe pas?! Mais si, mais si! Et je m'en vais vous le prouver! Rendez-vous dans ma prochaine chronique!

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