[Chronique Fantasy] Le conclave des ombres. T1, Serre du faucon argenté, de Raymond E. Feist

Publié le 20 Mars 2016

Synopsis...

Le mal se répand dans les montagnes de Midkemia. Sur les sommets enneigés,les exterminateurs du Duc d'Olasko massacrent tout sur leur passage: hommes, femmes et enfants. Seul un garçon survit au carnage. Il s'appelle Kieli,et son enfance vient de lui être arrachée. Recueilli pas le puissant Conclave des Ombres, il va pouvoir affuter sa vengeance autant que son bras. En compagnie de l'autoritaire Robert de Lyis, du magicien Magnus aux troublant pouvoirs et du jeune Caleb, déjà chasseur et guerrier sans égal, Kieli va devenir une arme sur et impitoyable. Il abandonnera tout, de son nom à son ancienne vie, pour suivre la voie qui lui a étét tracée: devenir la Serre du Faucon argenté.

[Chronique Fantasy] Le conclave des ombres. T1, Serre du faucon argenté, de Raymond E. Feist

La loi d'attraction universelle...

Ce roman est ma première lecture lue dans le cadre de mon partenariat avec les éditions Bragelonne/Milady/Castelmore. Je remercie donc très chaleureusement les éditions Milady pour ce partenariat et la découverte de cette lecture.

Si j'ai choisi ce roman en particulier dans la longue liste d'ouvrages disponibles, c'est avant tout parce que Raymond Feist est un auteur que je ne connais pas assez à mon goût et que j'ai envie de découvrir mieux. Ayant lu par le passé sa Trilogie de l'Empire, écrit en association avec Janny Wurts, j'avais déjà beaucoup apprécié son univers et sa plume (avec la touche féminine de Janny Wurts, c'était juste délectable). Au moment de faire mon choix, je relevais à peine le nez de Faërie du même auteur, une lecture qui m'avait assez convaincue. C'est donc tout logiquement que mon choix s'est porté vers ce premier tome de la trilogie Le conclave des ombres (un nom qui m'évoque de nombreuses belles promesses et beaucoup de plaisir de lecture).

[Chronique Fantasy] Le conclave des ombres. T1, Serre du faucon argenté, de Raymond E. Feist

Une plume simple mais efficace...

Une fantasy typique...

L'univers de Raymond Feist est un univers fantasy très typique du genre, les lecteurs réguliers de cet auteur me le confirmeront. On y retrouve tous les éléments que les fans de fantasy apprécient tant : un univers unique et cartographié, proche du Moyen-âge européen, des langages étranges, des peuples humains qui s'entredéchirent, des peuples moins humains qui s'entredéchirent tout pareil, de la magie, des combats et des guerres, des auberges débordantes d'individus patibulaires et avinés prêts à en découdre, d'interminables périples à dos de cheval, des joutes à l'épée... Le lecteur qui recherche l'originalité sortira de cette lecture avec une probable pointe de déception. En effet, le but affiché dans cette nouvelle trilogie n'est pas de faire dans l'original, mais bien de consolider l'univers fantasy déjà foisonnant de Raymond Feist en fournissant au lecteur une nouvelle facette de cet univers. Une nouvelle facette qui devrait amplement contenter tous les fans du genre.

Simplicité...

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette lecture me change terriblement de la précédente. Je sors à peine le nez du Carnaval aux corbeaux d'Anthelme Hauchecorne, où la plume est justement très recherchée, très travaillée, se faisant souvent poétique. Chez Raymond Feist, point n'est question d'une grande recherche stylistique. Le mot d'ordre est d'aller directement au but, d'exposer l'intrigue de façon aussi limpide qu'un ruisseau de montagne.

C'est loin d'être désagréable, cela permet de reposer un peu mes méninges trop souvent mises à mal. L'ensemble du roman se laisse lire très aisément. C'est un peu comme si l'on avait sur les genoux un plat de popcorn délicieusement caramélisés que l'on s'enfile devant un bon film, et que, tellement plongé dans l'intrigue, on s'étonne de rencontrer le vide en voulant se saisir d'une nouvelle ration. Car simplicité ne rime pas toujours avec médiocrité, loin de là...

Efficacité...

Cette apparente simplicité du récit est une arme à double tranchant. Tout l'art de Raymond Feist est là. Avec peu de mots, sans rentrer dans d'interminables descriptions, il parvient sans problème à amener le lecteur dans son univers. L'écriture de l'auteur est efficace et sans détours, sans fioriture ni lourdeurs.

Mais elle n'en reste pas moins redoutable, justement parce que cette concision permet l'accessibilité du roman à un publique très large, de tout âge et de tout niveau de lecture, ou presque. Tout lecteur, pour peu qu'il soit amateur de fantasy, entrera facilement dans l'histoire et y accrochera pratiquement à coup sûr, s'attachant aux personnages, suivant avec intérêt l'intrigue, les actions.

Car si Feist n'attache pas une importance énorme à la littérarité de son roman, l'intrigue, en revanche, prend une place énorme...

 

L'homme aux cheveux blancs, que Serre avait surnommé "Tête de Neige", mais qui se prénommait en réalité Magnus, se tenait debout derrière Robert, lequel était assis à un tabouret, qu'il avait pris dans la salle commune pour l'apporter dans la salle à manger. Une semaine plus tôt, Robert avait commencé à expliquer à Serre le concept des cartes.
Le jeu était composé de cinquante-deux cartes se déclinant en quatre familles : coupes, bâtons, épées et diamants, chacune d'une couleur différente, bleu pour les coupes, vert pour les bâtons, noir pour les épées et jaune pour les diamants. On s'en servait essentiellement pour jouer au lin-lan, au pashawa et au poker, ou po-kir comme on l'appelait à Kesh. Robert en avait expliqué les règles et fait jouer quelques parties de chacun des jeux à Serre pour qu'il se familiarise avec l'ordre des familles depuis la carte connue sous le nom d'"as", qui venait d'un mot bas-tyran pour désigner l'unité, jusqu'au seigneur. Les autres cartes allaient de deux à dix, mais Serre ne comprenait pas trop pourquoi l'as, ou le "un" comme il l'appelait, valait plus que le seigneur, la dame ou le capitaine. Ce n'était pas logique.
Serre esquissa un petit sourire de dérision. Il ne savait pas pourquoi ce détail, le fait que le plus petit nombre avait le plus de valeur, l'irritait. Malgré tout, il s'en était bien sorti avec les jeux que Robert lui avait appris.

Serre du faucon argenté, de Raymond E. Feist

Les prémices d'une intrigue qui se tient...

Le résumé du roman et les premiers chapitres annoncent d'emblée la couleur, cette trilogie aura la vengeance pour thème majeur. On pourrait dire que ce n'est guère original. La vengeance est un thème largement développé en fantasy. La véritable originalité résidera donc dans la façon dont le sujet est traité.

Si nous disséquons plus avant cette intrigue, que trouvons-nous? D'une part nous avons un peuple, les Orosinis, dont les coutumes ne sont pas sans rappeler celles des indiens d'Amérique. Proches de la nature, ils vivent pratiquement en autarcie dans les montagnes, se contentant de peu de choses. Leurs mœurs et coutumes font d'eux des gens simples au cœur pur. D'une autre part, nous avons Kieli, un jeune garçon fraîchement devenu homme aux yeux des siens, mais dont la cérémonie de passage se verra interrompue de tragique façon. Ce destin ensanglanté, le jeune homme appelé désormais Serre du faucon argenté le portera sur ses épaules jusqu'à ce que vengeance soit faite. On ne détruit pas la quasi-totalité d'un peuple sans en payer les frais.

Cette vengeance, c'est le Conclave des ombres qui lui en donnera la force et l'occasion. Peu éduqué et peu préparé au monde en dehors des montagnes, Serre a tout à apprendre s'il veut orchestrer une vengeance comme il se doit. Dès lors, Serre et le Conclave des ombres vont œuvrer main dans la main pour que justice soit faite. Le Conclave apportera à Serre ce qui lui manque d'éducation. Inversément, Serre sera pour eux un instrument parfait dans leur guerre contre l'Ennemi (qui reste très mystérieux et nébuleux, on sait juste de cet Ennemi qu'il est le mal en personne). Du donnant-donnant, sommes toutes.

C'est une bonne intrigue, un concept intéressant sans être toutefois complètement novateur, mais un concept plaisant qui se laisse lire. On ne peut que s'attacher au destin de Serre, suivant avec intérêt son évolution personnelle et lui souhaitant de pouvoir mettre ses projets à bien.

L'histoire de ce premier tome est assez bien ficelée. Les rebondissements sont peu nombreux, car une grande partie du roman est consacrée à l'apprentissage de Serre. Ce n'est que vers la seconde moitié du livre que l'on verra apparaître les premiers traits d'action à proprement parler. Si l'ensemble peut paraître plutôt linéaire, avec des dénouements assez attendus, la toute fin du roman laisse toutefois présager un second tome avec plus d'action et de rebondissements. Je qualifierais donc ce tome 1 de "prometteur".

Une nuit, il rêva qu'il était au chaud, dans son village, dans la maison des femmes avec sa mère et ses compagnes. Il baignait dans leur amour. Puis il se réveilla sur le sol dur avec dans les narines l'odeur de la terre humide et de la fumée du feu récemment éteint. Deux inconnus étaient endormis de part et d'autre de lui. Il se rallongea en se demandant comment il s'était retrouvé dans cet endroit. Puis ses souvenirs lui revinrent, et il se rappela l'attaque contre son village. Les larmes lui montèrent aux yeux et il pleura en sentant tout espoir et toute joie mourir dans sa poitrine.
Il ne savait pas depuis combien de jours il voyageait. Il savait que deux hommes prenaient soin de lui, mais il ne se souvenait pas s'ils lui avaient donné leur nom. Il se rappelait avoir répondu à leurs questions, mais il avait oublié le sujet de ces discussions.

Serre du faucon argenté, de Raymond Feist

Des personnages solides mais une psychologie trop fugace...

Si je devais noter une faiblesse dans ce roman, c'est la psychologie des personnages. Certes, ils ont chacun leur caractère, leur histoire personnelle, leurs blessures et les attitudes qui en découlent. On voit tout de même que chaque personnage est travaillé, n'allez pas croire qu'un auteur tel que Raymond Feist présenterait à ses lecteurs des personnages vains et vides. Le travail sur chaque personnage est quand même conséquent et pas trop mal abouti.

Le personnage de Serre, évidemment, est mis au devant de la scène. Il est par conséquent le plus travaillé d'un point de vue psychologie et background personnel. Ceci dit, je reste carrément sur ma faim avec lui. Imaginez-vous, vous viviez en autarcie parmi votre peuple, vous aviez vos habitudes, vos coutumes, vos croyances, un destin tout tracé, et rien ne laissait présager qu'il n'en irait pas comme il était prévu. Puis un beau jour, une bande de brutes sans foi ni lois vient décimer votre peuple, et dès lors, tout ce que vous connaissiez se voit balayer d'une pichenette. En plus de perdre vos certitudes, vous perdez tout ceux que vous aimiez. Comment réagiriez-vous? Mal, n'est-ce pas? Eh bien, notre Serre, lui, se remet assez vite de ses blessures. Certes, il pleure un peu son peuple perdu, quand il daigne y penser. Mais il ne s'y attarde pas vraiment.

C'est un problème que j'ai déjà constaté chez Raymond Feist, notamment avec la lecture de Faërie. J'ai l'impression que l'auteur ne fait que survoler certains sentiments qui devraient être beaucoup plus forts que ça. La personnalité et la psychologie de ses personnages sont abouties, mais il évite de rentrer dans le vif du sujet de façon franche. Cela donne l'impression que ses personnages sont détachés de leur réalité, comme si ce qui leur arrive ne les atteignait que superficiellement. Dans le cas de Serre, ses mésaventures sont suffisantes pour insuffler en lui l'idée d'une vengeance, mais on constate chez lui peu de manifestations de son chagrin ou de sa colère. Je trouve cela un peu dommage, cela enlève à l'histoire un côté dramatique qu'il aurait été bon d'explorer plus avant.

Ils nous l'ont perverti!

Une autre petite déception, pour moi, a été le changement de caractère de Serre.

Au début, Serre est présenté comme un très jeune homme qui ne connaît de la vie que les théories enseignées par son peuple. Il est encore sentimentalement très naïf, pensant que lorsqu'on sort avec une femme, on est censé rester avec cette même femme jusqu'à la fin de ses jours et l'épouser. Il ne comprends pas l'attitude des femmes qu'il est amené à côtoyer au sein du Conclave des ombres, car elles sont plutôt libertines, et il ne comprend pas qu'elles puissent avoir avec lui des rapports sans sentiments réels.

Voyant cette naïveté, les membres du Conclave des ombres vont jouer à Serre un méchant tour qui aura pour but de lui apprendre à se méfier des femmes et à ne pas trop vite prendre une attirance pour de l'amour réel. Je n'en dirai pas plus pour ne point spoiler le lecteur. Mais de cette mauvaise blague, Serre gardera des traces et verra son caractère changer. Envolée sa candeur, annihilée sa croyance en l'amour véritable. Serre devient au final tout ce que je n'aime pas chez les hommes, une sorte de macho qui enchaîne les conquêtes et les rapports sans aucun sentiment. Si vous saviez ce que j'ai été déçue, moi, petite lectrice, d'être le témoin muet de cette transformation...

Je l'avoue sans trop de honte, je vis personnellement dans un monde de Bisounours. Pas au point de Serre lorsqu'il débarque dans le monde adulte, je suis consciente que tout le monde n'est pas fait dans le même moule et qu'on ne fonctionne pas tous sur le même mode. Je ne blâme personne, à chacun sa façon de fonctionner, après tout. Mais la voie que choisit Serre ne me plaît pas. Il aurait pu devenir un bon gars, convertir cette naïveté en valeurs sûres, trouver une femme et fonder une famille (ou pas). Eh non, il a choisi le bas, à proprement parler... Pas qu'il ne soit pas un bon gars. Je plains juste la fille qui tomberait amoureuse de lui et qui en souffrirait inévitablement. C'est que je voudrais croire que tous les hommes ne sont pas voués à ne penser qu'avec les parties basses de leur anatomie. Je suis très attachée à certaines valeurs, voyez-vous. La pureté des sentiments et la fidélité à toute épreuve en font partie. Traitez-moi de candide si vous le souhaitez, mais les choses sont ainsi, et j'entends bien ne pas changer. Chez Serre, certaines valeurs se sont perdues en cours de route. Il passe d'un état d'esprit où seuls les sentiments priment sur l'attirance, à l'excès inverse, et cela m'a fait un pincement au cœur. Un retour vers un juste milieu serait plus que bienvenu, selon moi. Peut-être pour le tome prochain?

 

Un dernier extrait pour la route?

Son souffle court, sa tunique trempée et ses genoux tremblants prouvaient qu'il perdait trop de sang, trop vite. Son cœur battait à tout rompre, et Serre savait que, s'il ne réussissait pas d'une façon ou d'une autre à tuer les deux dernières créatures, il était condamné.
Il y eut un autre mouvement fugace près de la porte. Serre comprit que les deux créatures étaient sorties avec lui. Il battit des paupières et tourna la tête de part et d'autre pour essayer de distinguer leurs formes noires dans la nuit. Mais, malgré tous ses efforts, elles restèrent invisibles.
Il perçut un mouvement derrière lui et se laissa donc tomber sur la gauche. Il avait eu l'intention de se rattraper à temps pour se redresser, mais sa jambe gauche refusa de lui obéir, et il s'écrasa par terre. Une nouvelle douleur brûlante envahit sa jambe droite. Serre perdit son épée. Son esprit avait beau ordonner à son corps de rouler sur le côté et de mettre autant de distance que possible entre lui et les deux créatures, il ne pouvait s'obliger à le faire.
Une nouvelle ligne de feu traversa son épaule, et Serre hurla. Il savait qu'il était sur le point de mourir.
Son peuple ne serait pas vengé, et lui-même ne saurait jamais qui étaient ses assassins, ni pourquoi on avait décidé de le tuer.
Ses dernières pensées furent teintées d'un grand désespoir et d'un profond regret. Puis une lumière blanche aveuglante explosa autour de lui, et il sombra dans l'oubli.

Serre du Faucon Argenté, de Raymond Feist

En résumé...

Serre du Faucon Argenté est une bonne première entrée en matière pour cette trilogie fantasy dont le thème majeur est la vengeance. Par l'écriture simple et le souci de concision, Raymond Feist nous livre un roman détendant et accessible, dans lequel on se laisse glisser comme dans un bon bain chaud. L'intrigue est bien ficelée, quoiqu'un rien trop linéaire, mais l'on sent bien que l'histoire va s'étoffer dans les tomes suivants, et que nous auront droit à bien d'autres rebondissements.

Je suis en revanche un peu moins emballée par la psychologie des personnages. Ces derniers sont attachants à leur manière, mais l'auteur survole trop les émotions et les sentiments qu'ils pourraient ressentir. La plupart des personnages nous apparaissent trop détachés, comme si les événements glissaient sur eux. Serre m'a bien plus dans l'ensemble, mais je me suis sentie un peu rebutée par la perte de sa candeur naturelle au profit d'une nature plus machiste. J'espère qu'il va encore évoluer dans les tomes suivants.

Ceci étant, ce premier volet de la trilogie est pleine de belles promesses, et j'ai hâte de lire la suite pour voir si mes craintes sont fondées et si mes espoirs deviennent réalité...

Ma note : 14/20. Un bon roman fantasy, très plaisant à lire, et détendant à souhait, sans toutefois révolutionner le genre.

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques!

N'hésitez pas à me rejoindre sur ma page Facebook, et à laisser un commentaire sur cet article!

Les autres tomes du Conclave des ombres chroniqués sur ce blog...

Rédigé par Acherontia

Publié dans #Chroniques, #Fantasy, #2000's, #Milady, #Littérature américaine, #Partenariats

Commenter cet article