[Chronique] Punk's not dead, d'Anthelme Hauchecorne

Publié le 27 Septembre 2015

[Chronique] Punk's not dead, d'Anthelme Hauchecorne

À quoi l’Apocalypse ressemblerait-elle, contée par un punk zombi ? Qu’adviendrait-il si le QI des Français se trouvait d’un coup démultiplié ? Un grand sursaut ? Une nouvelle Révolution, l’an 1789 version 2.0 ?
Est-il bien sage pour un succube de s’amouracher d’un simple mortel ?
Les gentlemen du futur pourront-ils régler leurs querelles au disrupteur à vapeur, sans manquer aux règles de l’étiquette ?
Et si La Mort s’accordait un repos mérité ?
Treize nouvelles. Autant de sujets graves, traités entre ces pages avec sérieux.
Ne laissez pas vos neurones s’étioler, offrez une cure de jouvence à vos zygomatiques. Cessez de résister, accordez-vous une douce violence…
De toute évidence, ce recueil a été écrit pour vous.

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La loi de l'attraction universelle...

Quand j'ai recommencé la lecture, de façon sérieuse cette fois, il y a deux semaines, une question m'est subitement venue à l'esprit. Mais pourquoi... POURQUOI diable ai-je attendu si longtemps pour terminer cette lecture ô combien géniale? À croire que je n'avais aucun plomb dans la cervelle... ou peut-être n'avais-je simplement aucune idée de ce qui m'attendais...

Acherontia

J'ai découvert cette lecture un peu par hasard il y a deux ans. Je baguenaudais dans les allées de la Foire du Livre de Bruxelles en quête de maisons d'éditions à qui poser mes questions existentielles sur l'illustration des romans. Effort futile et peu fructueux au final mais soit...

Au détour d'un chemin, j'ai eu l'heureuse surprise de découvrir le stand des éditions Midgard, une petite maison d'édition toute jeune et déjà très prometteuse par les auteurs et les romans qu'elle propose. Je n'ai évidemment pas résisté à l'attrait des belles couvertures qui me promettaient des heures de lecture fantastiques dans tous les sens du terme. C'est donc sur leur stand que j'ai acquis le recueil dont il est question dans cette chronique, avec en prime la merveilleuse opportunité de croiser son auteur et d'échanger quelques mots. Le moins que l'on puisse dire, c'est que monsieur Hauchecorne a un sens inné de la tchatche! Si j'avais encore besoin d'être convaincue, là, pour le coup, c'était râpé... Je n'avais plus le choix, j'ai craqué pour le présent recueil, et aussi un roman intitulé Âmes de verre, dont je vous parlerai ultérieurement lorsque je l'aurai lu.

Pour Marie,
Treize petites graines de citrouille plantées dans la tourbe d'automne porteuse de fruits funèbres.
Amitiés,
Anthelme.

Anthelme Hauchecorne, dédicace ornant mon exemplaire de Punk's not dead

Pour la petite histoire, je n'ai pas eu l'occasion d'en entamer tout de suite la lecture. J'en avais d'autres en cours à terminer, puis il faut le dire, ce fut une sale année pour moi. Rupture oblige, j'ai dû laisser à grand regret mes livres de côté pendant quelques temps, jusqu'à ce que le moral remonte.

J'ai tenté une première incursion dans Punk's not dead en mars de cette année. Je m'en souviens encore, c'était dans le train vers Bruxelles. Je me rendais à la Made in Asia pour mon premier concours cosplay, encombrée de mes nombreux sacs contenant mon armure Draenei et toutes ses cornes qui prennent une place folle et que les autres voyageurs lorgnaient d'un air dubitatif. En tout cas, une chose est certaine, l'année prochaine, je ne chipote pas, je prends ma voiture pour y aller! Ça m'évitera d'éborgner le contrôleur avec une corne baladeuse. Pour en revenir à mon livre, je l'ai un peu bouquiné le temps du trajet, mais évidemment, une fois arrivée sur place je n'en ai plus eu l'occasion... Et après la convention, j'étais juste tellement épuisée que je tenais à peine sur mes jambes. Je me souviens vaguement avoir végété toute la journée du dimanche dans mon divan, incapable de faire le moindre mouvement, chaque muscle m'élançant douloureusement. Vous pensez que j'exagère? Essayez donc de porter une armure complète bardée de piquants, tout en étant juché sur des chaussures à talons... sans talons, et transformées en sabots de bouc... Ajoutez-y le public de la Made in Asia, masse compacte et grouillante, qui pousse et tire de toutes parts, quitte à casser des parties du costume, et vous y êtes... presque! Reste le stress du passage sur scène, avec ma bande son qui fonctionnait à moitié, et vous voyez l'entièreté du tableau! Le plus fou, dans tout cela, c'est que je veux absolument réitérer l'expérience... Mais soit, je dois être un cas de folie incurable.

Les quelques passages que j'avais lu du recueil m'avaient d'emblée enchantée. Je trouvais l'écriture absolument géniale, et j'avais adoré cette foultitude de détails que seule une recherche documentaire solide peut permettre. Mais à l'époque, je faisais trop souvent l'erreur de commencer plusieurs lectures à la fois, jusqu'à m'y perdre totalement...

Quand j'ai recommencé la lecture, de façon sérieuse cette fois, il y a deux semaines, une question m'est subitement venue à l'esprit. Mais pourquoi... POURQUOI diable ai-je attendu si longtemps pour terminer cette lecture ô combien géniale? À croire que je n'avais aucun plomb dans la cervelle... ou peut-être n'avais-je simplement aucune idée de ce qui m'attendais...

Quelques notions préalables...

Comme il ne s'agit pas d'un roman traditionnel, je voulais, en guise d'introduction, avertir le lecteur quant à la structure atypique de ce recueil. En effet, en plus des treize nouvelles proposées, nous avons à leur suite ce que l'auteur nomme les "Backstages", où il explique le contexte dans lequel a été écrite chaque nouvelle, d'où lui est venue l'idée du thème, et aussi quelques notes sur la morale qu'il y a injecté, sur les musiques qui l'ont inspiré... Bref, une vraie mine d'or!

Concernant cette chronique, je l'ai divisée en deux parties pour une meilleure lisibilité. La première partie sera la chronique proprement dite, s'attachant à décrire ce que j'ai pensé du recueil en général. La seconde partie sera plus détaillée, reprenant chaque nouvelle pour les traiter toutes séparément et de façon plus approfondie. Chaque nouvelle ainsi chroniquée sera accompagnée d'un morceau issu de mon bruyant univers musical et qui m'aura fait pensé de près ou de loin au thème du récit.

N.B. : veuillez pardonner à votre humble chroniqueuse ses excès de parole. Si je me laisse aller à l'exaltation de la plus basse espèce, c'est parce que cet ouvrage ne m'en laisse simplement pas le choix... J'ai donc voulu pondre une belle chronique de chez chronique, avec de vrais morceaux de chroniques dedans!

[Chronique] Punk's not dead, d'Anthelme Hauchecorne

Où il est question de douce folie et de résonance magnétique...

Bon, très bien... Le moment est venu pour moi de me poser et de réfléchir à la suite de cette chronique. La petite punkette sur la couverture du livre m'observe en ce moment du haut de mon porte-partitions, son impressionnant flingue vertébral négligemment posé contre son flanc. Ses yeux qui rougeoient m'intimident, ils semblent me mettre en garde de lugubre manière. Un peu du genre "Fait gaffe, Ach', si jamais ta chronique est nulle, je te dérouille le potiron". Nous sommes proches de Samain, après tout...

Comment vous parler de ce cercueil de nouvelles sans passer pour une groupie tout juste bonne pour la camisole et la chambre d'isolement? Comment partager avec vous cet engouement grandissant sans sombrer dans une dithyrambe complètement capillotractée?

Car ce recueil, ce n'est pas un coup de cœur, non. Si vous vous souvenez de mon Top Ten Tuesday numéro 8, je vous parlais de ce qu'il faut pour qu'un livre soit un coup de cœur, et notamment de cette notion de "corde sensible" que le roman doit faire vibrer.

Un véritable coup de cœur, celui qui me fait lâcher des notes de 19 ou de 20, c'est celui qui réunit la plupart des éléments cités plus haut, mais aussi un petit je-ne-sais-quoi qui me va me toucher plus particulièrement. Souvent, ça touche au vécu, aux souvenirs, ce sont de menus détails qui font la différence. On ne sait jamais vraiment dire à l'avance quels livres vont vous toucher de cette manière, mais quand ça le fait, c'est juste magique.

Acherontia, Top Ten Tuesday n°8

Dans le présent cas, c'est bien plus qu'un coup de cœur. Les textes ont effectivement fait vibrer une corde sensible chez moi. Mais pas que... À mon plus grand étonnement, quelque chose en moi est entré en résonance avec les textes, leur profondeur agissant comme un amplificateur à la vibration initiale. Les mots se sont pris au piège des cordes de mon âme et en ont tiré une mélodie totalement inattendue, un hymne entêtant qui ne me quitte plus depuis que j'ai refermé le roman.

Et c'est là que je sens l'arrivée toute proche des messieurs en blanc à bord de leur fourgonnette capitonnée. Peut-être pourra-t-on lire un gros titre dans le journal de demain : "Une harpiste rendue folle par un recueil de nouvelles a été retrouvée derrière son clavier, pianotant des propos incohérents."

Mais le panégyrique ne s'arrête pas là...

... Car il est des lectures qui vous éclaboussent jusqu'à l'âme.

Anthelme Hauchecorne, dans son "Backstages : autopsie des nouvelles"

[Chronique] Punk's not dead, d'Anthelme Hauchecorne

Les valeurs de la famille Hauchecorne...

Vous l'aurez compris, ce titre de section est une pitoyable tentative de parallèle avec l'un des volets des aventures de la famille Addams... Je vous laisse deviner lequel! Bon, plus sérieusement...

Quand je parle de profondeur, je veux bien sûr parler des idées et des valeurs que les différentes nouvelles de ce recueil véhiculent, et qui sont pour une grande part responsables de cet énorme coup de cœur qui est le mien.

De la fable écologique à l'apologie de l'intelligence et de la culture, en passant par des nouvelles axées sur la tolérance face à la différence ou sur l'horreur de la bêtise humaine, l'auteur nous invite à découvrir toute une gamme de grandes valeurs que notre société aurait dû intégrer depuis belle lurette et qui ne s'en est jamais donné la peine.

Acherontia

Écrire de jolies histoires servant de distraction à une jeunesse assoiffée de macabre féerie et de fantasy urbaine, c'est bien beau... Mais ce n'est point suffisant pour Anthelme Hauchecorne. Car comme il le dit lui-même dans le Backstage de la Ballade d'Abrahel (nouvelle dont nous parlerons plus bas), les récits fantastiques sont avant tout le reflet de notre monde. Ils naissent de notre histoire, se nourrissent de nos désirs et de nos peurs. Les littératures de l'imaginaire, de part le recul qu'elles nous permettent de prendre par rapport à notre réalité, donnent souvent lieu à une critique acide de celle-ci.

Les récits fantastiques de ce présent recueil sont donc autant de dents acérées plantées dans la chair putrescente d'un monde en voie d'extinction par la faute de ses habitants. De la fable écologique à l'apologie de l'intelligence et de la culture, en passant par des nouvelles axées sur la tolérance face à la différence ou sur l'horreur de la bêtise humaine, l'auteur nous invite à découvrir toute une gamme de grandes valeurs que notre société aurait dû intégrer depuis belle lurette et qui ne s'en est jamais donné la peine.

Mais ne vous y trompez pas, nous ne sommes pas ici en présence d'infâmes pamphlets moralisateurs, mièvres et barbants à souhait. Le parallèle établi entre la réalité et la fiction agit comme un Maalox® sur un estomac supplicié. Il estompe un peu de l'acidité mordante que l'on peut trouver dans les critiques habituelles, rendant l'ensemble plus digeste et mieux assimilable.

Ces valeurs que l'on retrouve dans ce recueil seront détaillées au fil des chroniques que j'ai établies pour chaque nouvelle. Je tiens particulièrement à mettre l'accent sur elles car elles me sont chères également, et je voudrais profiter de l'occasion pour les mettre en lumière comme il se doit. Ce sera donc une longue litanie de "Je pense exactement pareil!" et autres "J'adhère à 100% avec cet opinion...". Désolée pour ceux dont l'entendement se verra dépassé...

Entre humour, poésie et causticité...

Ne laissez pas vos neurones s'étioler, offrez une cure de jouvence à vos zygomatiques. Cessez de résister, accordez-vous une douce violence...

Anthelme Hauchecorne, 4e de couverture de Punk's not dead

Ah ça! On peut dire que la cure de jouvence s'est bien faite sentir, chez moi! Et elle fut plus que bienvenue, croyez-moi! Cela faisait longtemps que je n'avais plus ri ainsi. Et jamais, au grand jamais, je ne m'étais autant esclaffée au cours d'une lecture. C'était plus fort que moi... Certaines situations ou descriptions me prenaient tellement par surprise que j'explosais de rire sans m'y attendre. Jusque dans les transports en commun, où j'use mes jupes plus que je ne le voudrais, attirant sur moi les regards des ternes navetteurs qui auraient tout à y gagner en entamant ce type de lecture. Dans la seconde partie de cette chronique, je vous offrirai quelques extraits qui témoigneront de l'incroyable et inimitable style d'Anthelme Hauchecorne. Ainsi vous pourrez juger par vous-même, vous m'en direz des nouvelles...

Le weekend dernier encore, j'ai risqué un œil entre les pages du second volume de l'auteur que j'ai en ma possession, Âmes de verre. Bien mal m'en a pris (quoique...), car les quelques lignes entr'aperçues m'ont donné une terrible envie de le lire, là, tout de suite! Comme je l'explique dans mon C'est lundi de cette semaine, l'attentat au camembert a eu raison de moi... Il n'y aura pas eu qu'une victime, finalement! Les récits de monsieur Hauchecorne font autant d'effet sur moi que des pancakes au sirop d'érable sur un essaim de guêpes affamées. C'est terriblement délectable et addictif! Diantre, que n'ai-je découvert cet auteur plus tôt!

Anthelme Hauchecorne manie le français avec brio, jonglant tout en fluidité avec les mots, leur faisant décrire de grands arcs métaphoriques de toute beauté. Certains, peut-être, diront que cela manque de finesse, en raison des nombreuses allusions au gore ou à l'humour de potache. L'auteur lui-même s'en fait la réflexion dans son Backstage de la nouvelle "La grâce du funambule", où il dit avoir laissé de côté sa tronçonneuse et son coussin péteur pour ajouter plus de finesse au récit.

Personnellement, les côtés plus "crades" de son écriture ne m'ont nullement gênée. Je pourrais même dire que je m'en suis trouvée enchantée! Peut-être est-ce parce que j'apprécie moi-même l'emploi de ces figures de style dans mes quelques modestes écrits ou dans ma vie quotidienne (en témoignent mes nombreux jurons morbides qui font se retourner les oreilles les moins habituées... j'ai depuis longtemps remplacé les "putains" et autres insultes courantes par mon légendaire "putréfaction" et tous les dérivés que l'on peut lui trouver). Peut-être est-ce aussi parce que malgré l'aspect poisseux du langage, il s'en dégage une poésie que seule une grande connaissance de la langue française peut permettre. L'auteur emploie de nombreux mots injustement méconnus (d'ailleurs, je conseille au public moins averti de conserver un dictionnaire à portée de main), mais jamais à tort et à travers. Chaque mot, chaque métaphore, fussent-ils d'un goût macabre ou licencieux, apporte son grain de poésie à la toile dentelée des récits présentés. Pour celles et ceux qui, comme moi, parviennent à trouver la beauté dans les ténèbres, ce recueil est fait pour vous.

Et la finesse, je l'ai trouvée dans chacune des treize nouvelles. Chacune, à leur manière, comporte un côté sensible qui échappera peut-être au commun des mortels, rebuté par la plume sombre et déliquescente, mais qui m'a littéralement sauté aux yeux, rompue que je suis aux lectures sépulcrales et aux textes graveleux. Et cette finesse réside dans le message que l'auteur cherche à nous transmettre, ces fameuses valeurs dont je vous parlais dans le précédent paragraphe et qui forment le fil conducteur de Punk's not dead. Si certaines idées sont évidentes, d'autres doivent être lues entre les lignes. C'est aussi ce qui fait toute la beauté et la complexité de ces nouvelles.

Éveiller les consciences...

Ce cercueil de nouvelles, c'est bien plus qu'un livre, c'est un outil, un guide qui nous montre les dérives de notre société, et qui nous propose une solution pour éviter de sombrer dans le marasme : l'intelligence, et la connaissance qui en découle.

Certes, certains de ces messages nous sont envoyés comme une giclée d'acide en pleine face. Ça réveille, ça fait du bien! Car, à l'instar de son roman Âmes de verre, Anthelme Hauchecorne agit comme un éveilleur de consciences pour les plus endormis d'entre nous. Quoique, encore faut-il que les dormeurs se réveillent suffisamment pour capter l'essence du message qu'on tente de leur transmettre. Et comme souvent, entre comprendre et mettre en pratique, le chemin est long et semé d'embuches. Quoiqu'il en soit, le lecteur ne peut que sortir de cette lecture grandi et un peu plus éclairé. Car s'il ne capte pas ou refuse de capter les critiques caustiques et les appels à une plus grande conscience du monde dans lequel nous vivons, j'ai envie de croire que ce qui se lis entre les lignes agira sur son encéphale comme autant de messages subliminaux, s'insinuant au plus profond de la psyché pour dessiner les traits d'un Homme nouveau.

Anthelme Hauchecorne est ce que j'appelle un auteur intelligent. Atteint du syndrome Darwin depuis la naissance, plus que probablement... Et si vous n'avez pas encore fait connaissance avec les Darwinistes, n'ayez crainte, cela viendra en temps et en heure dans la seconde partie de cette chronique. Je ne veux évidemment pas dire que les autres auteurs sont stupides, loin de là... De nombreux coups de cœur chroniqués sur ce blog sont plus que probablement le fruit d'écrivains doués et plein d'entendement. Mais la particularité de monsieur Hauchecorne, c'est de chercher à partager cette intelligence, d'essayer d'en faire une valeur primordiale dans une société où les dirigeants farcissent le peuple à grandes cuillerées d'inepties (j'en veux pour preuve les programmes diffusés à la télévision, téléréalité, séries à l'eau de rose et autres ramollisseurs cérébraux. Sans parler de la désinformation omniprésente dans les médias...). Il est évidemment plus aisé de diriger un peuple d'ignorants, divisé par la peur de l'autre et le rejet de la différence, un troupeau de moutons suivant aveuglément la route que l'on a tracé pour eux.

Ce cercueil de nouvelles, c'est bien plus qu'un livre, c'est un outil, un guide qui nous montre les dérives de notre société, et qui nous propose une solution pour éviter de sombrer dans le marasme : l'intelligence, et la connaissance qui en découle.

Monsieur Hauchecorne est donc un auteur engagé qui met son scalpel littéraire à notre service, nous offrant une jolie chirurgie neuronale plus que bienvenue. Il ôte peu à peu nos vilaines tumeurs de préjugés, nos anévrismes de haine prêt à exploser, nos vaisseaux encombrés des caillots de la banalité. Mais n'ayez crainte, le tout se fait sous anesthésie générale. Durant votre sommeil artificiel, vous serez bercés de récits loufoques, même drôlissimes. Vous vous verrez entraîné dans des univers décalés et sombres à l'horizon desquels pointe l'optimisme, rougeoyant levé de soleil sur un ciel enténébré de turpitudes. Le réveil sera brutal, mais sans douleur aucune. Dès votre convalescence, vous pourrez à nouveau jouir de toutes vos capacités mentales et émotionnelles. À n'en point douter, elles s'en trouveront même grandement améliorées. Alors, prêt à sauter le pas? C'est nécessaire, vous savez... Vous ne pouvez plus vous permettre de laisser vos neurones étouffer!

Alors n'hésitez plus et procurez-vous au plus vite un exemplaire de Punk's not dead. L'essayer, c'est l'adopter! De plus, vous ferez une bonne action, car chose qui me rend d'autant plus admirative et sans voix, les droits d'auteurs sont reversés à l'association Sea Shepherd, qui milite en faveur de nos mers et océans, berceau de l'humanité bien trop souvent bafoué.

En résumé...

J'ai pour habitude de diviser mes résumés en deux parties, les points positifs et les points négatifs, chacune de ces parties reprenant point par point et de manière condensée ce dont j'ai parlé plus haut. Mais dans le cas du présent recueil, c'est un procédé que je n'emploierai pas. Pour la bonne et simple raison que je ne saurais pas. Il m'est impossible de résumer ce livre tant il y a de choses à en dire. Je ne saurais pas n'en donner que quelques points, parce qu'il recouvre une réalité qui dépasse de loin ce que je suis accoutumée à lire.

Ce recueil, c'est pour moi une révélation, et le mot n'est pas trop fort. Comment vous expliquer mon ressenti sans vous paraître folle dingo? Pour la première fois de ma vie (elle n'est pas bien longue, même si j'en ai déjà vu des vertes et des pas mûres...), je ne me sens plus seule sur cette terre. Je me suis longtemps sentie comme un extra-terrestre atterri par hasard sur une planète inhospitalière, entourée de mes "semblables" qui n'en sont pas vraiment. "Une enfance avare en amis", nous dit l'auteur dans un de ces Backstages... Force est de reconnaître que ce fut mon cas également. Je souffrais du syndrome Lisa Simpson, persécutée que j'étais pour ce que les autres croyaient être des différences, et qui en fait s'avérèrent être des richesses. Je le sais, maintenant, mais ce ne fut pas toujours le cas, et je m'en suis trouvée plus d'une fois fort malheureuse. Mais lire ainsi les écrits d'une personne partageant mes valeurs, mes combats et, semble-t-il, certaines de mes difficultés, ça fait un bien fou! Je me doutais que je ne devais pas être seule sur terre à prôner l'importance de l'intelligence et de la connaissance, à essayer de militer pour un plus grand respect de la planète et de ses habitants, à respecter les différences quelles qu'elles soient... Mais s'en apercevoir de visu, c'est autre chose. C'est terriblement revigorant, pour mon âme comme pour mes neurones restés trop longtemps à l'état de veille. Vous m'en voyez aussi retournée qu'une tarte tatin dans une montagne russe...

Dans le climat névrosé qui est nôtre à l'heure où j'écris ces lignes, quel bonheur de lire de si nobles pensées! Et le tout mêlé à la littérature de l'imaginaire chère à mon cœur, je ne pouvais rêver meilleur cocktail. Cette lecture fut un îlot de fraîcheur sur l'océan houleux de la vie, chaque nouvelle m'apportant son lot de plaisir, de rire, d'émerveillement et de réflexion, chaque backstage agissant sur moi comme une éclaircie parmi les nuages qui peuplent mon obscur encéphale.

Pour tous ces instants magiques passés en compagnie de Punk's not dead, pour toutes les lectures à venir, pour tous les esprits que ces écrits vont peut-être permettre d'ouvrir, j'ai envie de dire un grand merci à Anthelme Hauchecorne. Et aussi... longue vie à son écriture! Je prie pour que les quelques romans qu'il nous a offert jusqu'à aujourd'hui ne soient pas les derniers, mais plutôt les pionniers d'un grand cycle aussi foisonnant que génialissime. Je me ferai bien entendu un devoir de chroniquer sur ce blog le moindre écrit qui sortira de sa plume.

Pour en revenir à la dédicace que m'a laissé l'auteur dans mon exemplaire, il semblerait que ces treize belles graines de citrouille ait trouvé un terreau propice pour germer et se développer (si toutefois je puis me considérer comme une motte de tourbe...). Je ne sais si les fruits de cette mirifique germination peuvent être qualifiés de funèbres, mais en tout cas, je les trouve tout à fait délectables.

P. S. : Je m'incline bien bas devant l'art de Loïc Canavaggia qui a si magnifiquement illustré ce recueil. Je rêverais d'avoir ne fut-ce qu'une once de son talent...

Ma note : 20/20. Je pense que c'est la première fois que je décerne une telle note. En général, je cote les coups de cœur à 19/20, mais ici, je ne pouvais pas me permettre de concéder un seul point!

Comme le dit Business Cat...

[Chronique] Punk's not dead, d'Anthelme Hauchecorne
Lu dans le cadre du challenge "Littératures de l'imaginaire 2015".

Lu dans le cadre du challenge "Littératures de l'imaginaire 2015".

Décembre aux cendres...

Des fleuves de feu ont couru les rues, submergé les façades, englouti les habitants. Les flammes brûlaient bleues et mauves, elles semblaient vivantes, et salement en pétard. Elles vitrifiaient le béton, liquéfiaient l'acier. Des colonnes de fumée ont enténébré le ciel. Des nuages fuligineux ont vomi leur pluie de cendres. Tout le labeur de nos villes insomniaques, la somme des connaissances de nos aïeux se sont volatilisés. Les livres ont grésillé, le feu a consumé jusqu'au dernier pétaoctet de nos serveurs de données. Nos mégalopoles avaient noirci jusqu'à devenir des ombres. Les veuves de leur gloire passée.

Décembre aux cendres, d'Anthelme Hauchecorne

Première du recueil, cette nouvelle nous familiarise très rapidement avec l'univers de l'auteur, et l'on se laisse entraîner presque avec plaisir vers ce monde en ruine où tout ce que nous connaissons à été détruit, brûlé par une grande vague de Vent Solaire. Le récit se passe en Hongrie, où l'on suit les pérégrinations de la jeune Éva, qui vit dans un milieu très pauvre et qui tente d'aider sa mère malade. Elle se porte volontaire pour travailler en tant que scorpailleuse et ainsi ramasser hors des décombres des objets miteux mais encore exploitables.

D'emblée, ce qui m'a frappée dans cette nouvelle, c'est le souci du détail et les connaissances que l'auteur a de son sujet. J'ai été très impressionnée par l'utilisation de nombreux termes hongrois, ainsi que par certains clins d'yeux à la culture traditionnelle du pays. Quoique la Hongrie telle que proposée par l'auteur soit sombre et inhospitalière, je me suis sentie dépaysée, c'en était presque agréable, dans un premier temps... La suite établit un parallèle avec une autre réalité beaucoup moins connue et fort peu joyeuse, qui est celle des travailleurs en Hongrie, le tout mêlé à un univers noir et post-apocalyptique où l’innocence de la jeunesse ne fait pas long feu (mauvais jeu de mot...).

Face à la barbarie, le Savoir est une arme. Indétectable. Légale. Universelle. À même de servir en toute occasion. Le seul arsenal dont on puisse être fier.
Le Savoir, c'est la parure de l'âme. Le joyau à côté duquel les autres font toc.

Backstages de "Décembre aux cendres"

Le titre signifie "Mon coeur brûle", pour les non-germanistes. Oui, le clip est carrément glauque, mais bon, c'est Rammstein, hein ^^ Plus rien ne devrait nous étonner venant d'eux ;-)

Sarabande mécanique...

Sir Braddock, lui, ne s'incline pas, comme l'exigerait l'étiquette. Du reste, il en serait incapable. Car ce vétéran de la Campagne coloniale de Zululand a été mutilé par les bio-armes des xénozoulous, et rafistolé avec une virtuosité moins médicale que mécanique. Il émane de lui toute la dignité martiale d'une poubelle remplie d'organes. Une sorte de vase canope britannique, bardé de décorations militaires et de tuyaux de plastique. Deux jambes et deux bras à pistons l'affublent d'une démarche toute pneumatique. Un homme bon au demeurant, quoique amer. De quel réconfort sont un titre ronflant et une pension coquette à qui ne trouve point femme à marier?

Sarabande mécanique, d'Anthelme Hauchecorne

Est-il nécessaire de dire que j'ai vraiment adoré cette nouvelle? C'est typiquement le genre de récit qui a tout pour me plaire. Un univers steampunk complètement décalé, des personnages totalement loufoques, une histoire de règlements de compte qui n'en finissent plus, des rebondissements surprenants, le tout assaisonné d'une sauce légère aux relents de gore comme je l'aime...

L'occasion pour moi d'explorer cette subdivision de la SF qu'est le steampunk, dans toute la démesure de ses anachronismes somptueux.

Backstages de "Sarabande mécanique"

Ce morceau s'éloigne tout à fait de l'univers steampunk décrit dans la nouvelle, mais si vous avez lu cette dernière jusqu'à la fin, vous comprendrez pourquoi j'ai choisi ce titre...

No future...

L'écologie à la sauce London Stock Exchange. Protéger la planète tout en continuant de brasser du pognon. La croissance verte. Vous y aviez cru? Vous vous trompiez.
Notre astre agonise depuis belle lurette. Ouragans, séismes, réchauffement climatique... Pardon la Terre. Pendant que tu étouffais dans notre merde, nous, tes rejetons, comations devant MTV. En 2012, Mère Nature est rentrée dans la phase terminale d'un long cancer diagnostiqué tardivement : l'Homo sapiens.

No future, d'Anthelme Hauchecorne

L'apocalypse selon Johnny Rotten, le punk zombie... J'ai adoré sa personnalité et sa façon de s'exprimer, avec ses expressions hautes en couleur et ses métaphores hilarantes. Mais aussi, et surtout, j'ai beaucoup apprécié le message ouvertement écologiste que fait passer cette nouvelle, le fait qu'il n'y ait nulle besoin d'intervention divine pour voir notre monde arriver à son terme...

L'Apocalypse selon Saint Jean, blockbuster biblique où l'on ne mégote pas sur les effets spéciaux, m'a toujours laissé sceptique. Quel dieu désœuvré s'abaisserait à nous exterminer, tant semblons-nous surqualifiés pour cette besogne? "This is the end" chantait Jim Morrison. La Fin arrive, et nous l'orchestrons.

Backstages de "No future"

C.F.D.T...

Ou les origines de la Confédération des Fantômes, Dragons et Trolls.

Un courant d'air souffle depuis une embrasure donnant sur des escaliers en colimaçon. Snorri gravit les marches glissantes. Un calvaire. Ses jambes sèches flageolent sous le faix de son barda. Il progresse néanmoins, avec la grâce bancale d'une armoire normande frappée par un sortilège d'animation.
Ruisselant, il parvient au premier étage.
Soudain, un coquelinement glaçant l'alerte. "Cocodi, cocoda!" Damned! Le Viking reconnaît ce rauque cocorico : il appartient à un Cocadrille. Un péril qu'il aurait dû anticiper. Les dragons excellent à s'entourer de monstres mineurs pour les protéger. Foutus couards!

C.F.D.T., d'Anthelme Hauchecorne

D'emblée, je rigole intérieurement rien qu'avec le titre de la nouvelle, car ça me rappelle de vieux souvenirs. Lorsque j'étais ado, j'avais écrit une histoire qui s'appelait "Deule de Bief" (c'était le nom de l'héroïne, ne me demandez pas pourquoi...). Dans ce récit, j'aimais bien prendre des acronymes et leur donner une signification toute personnelle. Et il y avait notamment les C.F.D.T., qui n'étaient autres que des catholiques fastidieux dilatés par la torpeur. Oui, bon, j'allais les chercher loin, parfois...

Bref. J'ai bien rigolé avec ce récit des aventures de Snorri Sturluson le viking (on voit tout de suite le parallèle avec l'auteur bien connu de nombreuses sagas nordiques et autres récits mythologiques), du père Gracchus Boeubaffe, et d'un graoully aux airs de baba cool. Et si vous voulez vous payer une autre bonne tranche de rire, n'hésitez pas à écouter la chanson de Stupeflip ci-plus bas (groupe conseillé à forte raison par l'auteur).

Peut-être une prime enfance avare en amis explique-t-elle mon affection précoce pour les vampires, loups-garous, momies et autres zombies. Est-ce ma faute si, en comparaison du monstre, l'Homme déçoit par sa médiocrité? Là où l'humain moyen rêve de luxe et de luxure, même le plus insignifiant des monstres s'efforce lui de conquérir le monde, ou de le goinfrer. À croire que l'état monstrueux prédestine à un certain héroïsme, un brin psychotique.
Au surplus, les humains ont l'habitude haïssable de s'entretuer pour un rien. Le monstre, lui, tue pour se nourrir, ne laisse rien dans son assiette et doit subséquemment faire la fierté de sa maman. Aux yeux d'un enfant, cela suffit à le rendre admirable.

Backstages de "C.F.D.T."

Sale petite peste!

Le sieur Jean Marasme, figé dans son bain, une lame de faux arrêtée à un cheveu de sa jugulaire, n'en mène pas large. Au contraire de l'essaim de mouches qui le suit en toute occasion, appâté par l'alléchant fumet de ses chairs faisandées, lesquelles le contraignent à une existence recluse. D'un œil jaune bilieux, il lorgne sur l'outil tranchant de son Visiteur avec une lueur de soulagement.
- Laisse-le faire, poupoune, dit-il à sa femme.

Sale petite peste! d'Anthelme Hauchecorne

Tient tient... Jean Marasme dans sa baignoire, on ne voit pas du tout à quoi l'auteur fait allusion ;-)

Ce récit me rappelle les recueils médiévaux de Danse macabre, livres qui tendent à montrer une Mort insensible aux inégalités sociales. En voici d'ailleurs un bon exemple que j'ai récemment numérisé. Il est richement agrémenté de somptueuses xylographies, macabres à souhait, comme je les aime!

J'ai bien aimé le concept de la Mort totalement surmenée par son travail, ça lui donne un air plus "humain". Et cette référence aux cavaliers de l'Apocalypse... Ah! Je ne vous en dit pas plus, je vous laisse découvrir...

Nécromants, thaumaturges, vos morts-vivants grincent-ils horriblement? Au point de vous faire claquer des dents? Perdent-ils leurs morceaux trop souvent? Ne cherchez guère plus avant! Que vos maléfices durent longtemps, avec les lubrifiants Tatie Calmant! Pensez longévité, pensez Calmant!

Note de bas de page numéro 40 de Sale petite peste!

Les gentlemen à manivelle

Eugénie se retrousse les manches. Elle rampe sous le bureau d'angle, à l'endroit où elle se rappelle avoir vu choir l'appareil. Au cours de son exploration à tâtons, elle effleure de vieilles preuves de fringales gourmandes de son bedonnant patron. Des vestiges alimentaires dérangés en pleine mutation, à califourchon entre gastronomie et paléontologie. Elle envahit sans le vouloir le territoire ennemi d'un écosystème miniature et grouillant. Une gaufre au miel rendue à l'état sauvage lui galope sous le nez, mue par une tribut de cancrelats.

Les gentleman à manivelle, d'Anthelme Hauchecorne

Cette nouvelle est sans doute un des plus courtes du recueil, mais je l'ai adorée! (Non, sans blague...) Bon, vous l'aurez deviné, j'aime beaucoup le steampunk... Et cette héroïne, Eugénie, qui, déguisée en soubrette, se révèle être une vraie boule en mécanique...

Ici, c'est le thème des robots qui est abordé. D'habitude, c'est un thème qui me rebute plus, surtout traité à la façon de la science-fiction traditionnelle. Pourtant, les récits d'Asimov sont très bien écrits, très intelligents, avec évidemment les trois lois de la robotique, rappelées dans le backstage de la présente nouvelle. Mais j'aime beaucoup la façon dont le thème est ici traité, car l'auteur évoque la paresse qui pourrait résulter des services offerts par les robots. C'est une réflexion intéressante et plus que probable, malheureusement.

Comme évoqué dans cette nouvelle, je crains que la paresse ne prenne le dessus. Que nous devenions de petits aristocrates désœuvrés, alors même que cette liberté que les robots nous rendront pourrait être utilement employée pour créer, inventer, partager... pour ressusciter ces valeurs humanistes dont l'amoralité ambiante a presque triomphé.

Backstages des "Gentlemen à manivelle"

Ghost Brigade n'est pas un groupe steampunk, plutôt un groupe de doom death metal. J'ignore pourquoi, mais j'ai toujours associé ses mélodies au mouvement steampunk. Parfois, il vaut mieux ne pas chercher à savoir...

La guerre des Gaules

J'aurais pu prendre de nombreux extraits de "La guerre des Gaules", le choix a été difficile. Finalement, je me suis arrêtée sur l'extrait ci-plus bas car j'aime beaucoup l'idée de voir les rôles inversés, de voir ce que nous ressentirions, nous, si nous étions dans la situation des immigrés... j'ai envie de rappeler au passage que ces réfugiés, qu'ils soient là pour des raisons politiques ou économiques, sont des êtres humains, et non des plantes en pot à qui on peut tout faire subir. Rappeler aussi que beaucoup viennent pour échapper à un climat politique suffoquant, et non pas pour venir piller nos richesses et nous priver de nos revenus. Ce petit extrait est donc bien d'à propos...

L'Angleterre nous a refoulés. Puis l'Allemagne, la Belgique, l'Italie et l'Espagne. Certains ont tenté d'atteindre le Maghreb. L'attrait du soleil allié à la nostalgie du Club Med. Combien de Français clandestins se sont noyés en mer? Combien de barges de réfugiés ont été coulées par les marines algérienne, marocaine, tunisienne?
Pour les miraculés qui foulaient le rivage, le calvaire se prolongeait. Partout où ils allaient, ils étaient pourchassés, accusés de voler, de mendier, de spolier les Maghrébins de leur travail. Les Français se forgeaient une robuste réputation de pique-assiette.
D'abord nous avons haï ces pays qui nous claquaient la porte au nez. Puis nous avons pratiqué un zeste d'autocritique. Exercice trop longtemps différé. Pour aboutir à la conclusion que si nos voisins nous escagassaient tant, c'était aussi parce qu'avant, nous étions comme eux.
D'exécrables égoïstes donneurs de leçons...
Sauf que les rôles s'inversaient. Dorénavant, les immigrés, c'était nous.

La guerre des Gaules, d'Anthelme Hauchecorne

Ah, la guerre des Gaules... Je crois que c'est une de mes nouvelles préférées, pour ce recueil. Je la trouve incroyablement intelligente et bien écrite. Rédigée sous la forme d'une interview de plusieurs intervenants, son action se passe dans le futur et parle d'événements fictifs supposés avoir eu lieu en France, à savoir la prise du pouvoir par un parti politique extrémiste appelé Nouvelle France. Ce qui est génial, ici, c'est que l'on voit les extrémités auxquelles un parti de ce type peut mener, les dérives auxquelles on peut être confrontés, la crise politique, économique, sociale, la misère, la violence, le repli sur soi, la peur de l'autre, la haine...

Et ce qui est doublement génial, c'est l'élément fantastique que l'auteur introduit dans son récit. Car au beau milieu de toute cette fange, un petit miracle fait son apparition. Le QI des certains français se met subitement à grimper de façon exponentielle... avec tout ce que cela entraîne... Vous vouliez faire la connaissance des Darwinistes, voilà qui est chose faite ^^

C'est une nouvelle qui me touche particulièrement, parce que cela parle du pouvoir de l'éducation, de l'intelligence et de la connaissance. Il y a 500 ans déjà, Léonard de Vinci nous parlait de l'importance du savoir. À l'heure actuelle, il faut croire que le message n'est pas encore passé chez tout le monde... Chez peu de gens, même, au final... Comme le dit Serj Tankian dans sa chanson "Uneducated democracy", Without an education there is no real democracy. Without an education there is only hypocrisy. Mais Anthelme Hauchecorne nous en parle mieux dans son backstage...

La diversité et ses innombrables formes devraient nous enrichir, nous conduire à nuancer nos positions, à nous interroger sur qui nous sommes, sur ce que nous croyons savoir. Trop souvent, cependant, des manipulateurs patentés instrumentalisent les différences pour servir leurs desseins nauséeux. Excusez l'affligeante banalité de ce rappel : il n'en demeure pas moins d'actualité, alors que les discours machistes et racistes, homophobes et xénophobes ressurgissent des cloaques mentaux qu'ils n'auraient jamais dû quitter.
[...]
À l'heure où je couche ces vains mots, je m'inquiète de voir l'intelligence aujourd'hui bafouée, dévalorisée, muselée. On voudrait nous faire croire qu'elle serait passée de mode, qu'elle aurait cessé d'intéresser.
Au contraire. Je veux croire qu'elle est l'outil et la solution.

Backstages de "La guerre des Gaules"

Voodoo doll

À l'école de police, on enseigne aux cadets à se servir d'un tableur plutôt que de leur cervelle. La flicaille s'embourgeoise. Il en va désormais de la police comme de l'agroalimentaire : la volaille ne s'élève plus au plein air, mais en lieu clos.
Une détresse non quantifiable encombre les rues, quoi qu'en disent les graphiques. Nos villes tentaculaires sont des égouts que rien ne saurait curer. Hormis nous, les artisans du crime.
Les privés.

Voodoo doll, d'Anthelme Hauchecorne

Une nouvelle très courte mais très plaisante, avec une fin qui m'a prise par surprise! J'apprécie beaucoup les personnages torturés et complexes, à l'image de ce détective dont il est question. Des personnages souvent sur le fil de la justice, que la vie a poussé à se forger une morale propre.

L'icône du "détective" me fascine par sa façon d'évoluer à la frange du gouffre qui sépare les lois humaines (faillibles) de l'idéal de justice.
Héros aux mains sales, miné par le doute, le "privé" explore les contrées poisseuses de la morale. À travers les dilemmes qu'il affronte, il interroge notre société et nos mœurs.

Backstages de "Voodoo doll"

De profundis

Enlisées dans un dépôt calcaire, pâle cimetière de cadavres microscopiques, dorment des semences de mort. Des épaves broyées par la pression, des fûts rouillés, des containers étalant leurs viscères radioactifs... Les rebuts de la surface, amassés ici depuis des siècles. Lourd secret que les deux paleos se sont ingéniés à dissimuler. La tragédie des bombardiers abattus, des chasseurs foudroyés, des croiseurs et des destroyers chavirés. La folie des cuirassés dépiautés, des mines flottantes coulées, des torpilles et des ogives tactiques endormies, bercées de houle et de rêves d'Holocauste.
Tant de guerres ont achevé de reléguer les fiers sauriens de jadis en éboueurs des mers.

De profndis, d'Anthelme Hauchecorne

Et voici la nouvelle qui explique pourquoi les droits d'auteurs sont reversés à l'association Sea Shepherd. Je suis de prime abord sciée de constater l'étendue des recherches effectuées par l'auteur sur les océans (les écosystèmes bathypélagiques et abyssopélagiques dont il parle dans son backstage). C'est certain qu'il y a encore beaucoup à découvrir dans les océans, leurs failles enténébrées de mystères et leurs habitants aux dégaines inquiétantes. C'est un univers totalement fascinant qui n'a pas encore livré tous ses secrets, un monde qui est le berceau de la vie et dont l'équilibre est sans cesse menacé.

J'ai adoré l'idée de placer les dragons hors de leur contexte montagnard habituel, loin de leurs caverneux ossuaires et de leurs rutilants trésors. Le milieu aquatique leur va finalement comme un gant. J'ai été assez surprise par les noms donnés aux dragons protagonistes de l'histoire. Effectivement, en lisant le backstage et en effectuant quelques recherches sur le net, leurs noms sont inspirés de dinosaures et autres créatures marines qui ont selon toute vraisemblance existé. Beau travail de recherche documentaire, et belle idée de thématique!

Preuve que la mer a encore beaucoup à nous apprendre. Elle demeure notre berceau et notre poumon (la moitié de notre oxygène provient des algues et du phytoplancton). Pourtant son pillage continue, irresponsabilité écologique qui sera notre marque de fabrique.
Aussi ai-je choisi de dédier cette nouvelle aux militantes et aux militants de Sea Shepherd, pour leur dévouement en vue de protéger les océans et leurs habitants.

Backstages de De profundis

La ballade d'Abrahel

Au plus fort de l'hiver, le bourg de Bresnes-en-Woevre grelotte sous son épais manteau blanc. En ce dimanche venteux, les villageois trouvent refuge dans leur chapelle, et dans la prière. La neige immaculée coiffe le clocher cagneux, les gargouilles grimaçantes, les vitraux et leurs martyrs.
Les carillons sonnent la fin de l'office. Têtes basses, capuches rabattues, les fidèles traversent la grand' place flagellée par la tourmente vers la tiédeur de leurs foyers. Vu du ciel, le parvis de l'église ressemble à une plaie d'où s'épanche une saignée de silhouettes arquées. Çà et là pourtant se forment des caillots. Des cercles de commères se regroupent pour honorer un culte de leur cru : celui du ragot. Eu égard aux températures frisquettes, seules les pisse-vinaigre les plus médisantes tiennent salon aujourd'hui.

La ballade d'Abrahel, d'Anthelme Hauchecorne

D'habitude, je suis peu friande des histoires d'anges déchus, de démons, de mortels qui se font prendre au piège de leurs machinations. Je les trouve la plupart du temps tellement manichéennes que c’en est casse-pied. Ici, pas de noir ni de blanc, mais une histoire toute en nuances de gris, ou les personnages sont tous aussi paumés les uns que les autres, enfermés dans leurs souffrances ou leur bêtise.

L'auteur a cuisiné à sa sauce une vieille légende qu'il a trouvé dans un ouvrage de démonolâtrie, avec succès. Ce qui m'a amusée, c'est que le récit original se passe à Dalhem, une petite bourgade située pas très loin de chez moi. Pour la petite histoire, je dois d'ailleurs y aller fin du mois pour un jeu de rôle grandeur nature. Je vous raconterai peut-être dans un prochain article mes péripéties au château de Dalhem, métamorphosé pour l'occasion en palais du doge à Venise... Ça promet d'être amusant!

J'ai bien aimé l'ambiance de vieux village que l'auteur décrit avec beaucoup de justesse. Toute cette étroitesse d'esprit, mêlé au commérage et à la bigoterie. J'ai bien connu ce type de mentalité, ayant moi-même passé plus de dix-huit ans dans un petit village de ce type, une fière bourgade médiévale au lourd passé guerrier et meurtrier, repliée sur elle-même, protégeant jalousement ce qu'il lui reste de son ancienne splendeur ducale. Je suis née bien après le début du siècle, et pourtant j'ai connu les affres des messes du dimanche, le vieux curé tout démantibulé qui perdait ses nougats, la baronne du coin qui faisait la course à l’hostie avec une autre vieille bigote, et les enfants du village qui passaient leur temps à uriner dans le bénitier... Étrange, d'ailleurs, que je n'aie pas été du lot... Et ça jasait ferme, dans cette petite communauté très fermée... Alors quand je me suis ramenée avec mes cheveux rouges, mes vêtements noirs, ma harpe et mes morceaux de Metallica, ça a jasé aussi. "C'est quand même bizarre, hein, une punk qui joue de la harpe... c'est satanique!". Du grand folklore, je vous le dit!

L'imaginaire, sous couvert d'explorer d'autres mondes, devient prétexte à prendre du recul sur celui qui nous entoure, pour mieux dévoiler ses travers.
[...]
Les histoires de fiction apparaissent ainsi comme autant de reflets de l'Histoire avec un grand "H". Telles des fleurs qui se nourrissent du terreau duquel elles ont éclos. Elles reflètent les désirs et les espoirs latents, les peurs subconscientes de notre société.

Backstages de "La ballade d'Abrahel"

Le buto atomique

Cette cocotte nourrissait des vues sur mon patron! Cette comédienne interprétait un remake de Roméo et Juliette, version croqueuse de diamants, où votre serviteur incarnait le faire-valoir. J'éprouvais le Syndrome du mouchoir : je me sentais sale et froissé.
Jamais une femme ne s'était servie de moi. Il a pu m'arriver d'entretenir de faux espoirs chez une dame ou deux. Avant cette nuit, nonobstant, la réciproque m'avait été épargnée. J'expérimentais un sentiment neuf : un douloureux cocktail d'humiliation et d'orgueil fouetté, titrant ses quarante degrés d'amertume.

Le buto atomique, d'Anthelme Hauchecorne

De toutes les nouvelles de ce recueil, celle-ci est celle qui m'a le plus intriguée... Je ne connaissais absolument pas le buto, cette danse d'origine japonaise qui tend à exprimer par les mouvements corporels des problématiques actuelles, telles que la Seconde guerre mondiale ou la catastrophe d'Hiroshima.

J'avoue ne rien y connaître à la danse, je suis piètre danseuse, incapable de reconnaître ma gauche de ma droite et de coordonner un tant soi peu mes mouvements (oui, je suis une éternelle maladroite... c'est plutôt comique, souvent pour les autres, plus rarement pour moi). Mais c'est un mode d'expression qui m'intrigue et qu'il m'aurait plu de tester si mes membres n'échappaient pas à toute tentative de contrôle. Je confesse d'ailleurs le honteux et heureusement bref visionnage de Danse avec les stars... Oui, bon... Disons-le tout de suite, je ne suis pas fan du "star système". Considérer des présentateurs de bas étage ou des pinups de téléréalité comme étant des "stars", alors qu'il y a à côté une kyrielle de gens qui ont réellement fait quelques chose de bon et qui eux restent méconnus, ça me chagrine. Mais c'est un autre débat ^^ Ce qui m'a intéressée dans cette émission, ce ne sont évidemment pas ces minets qui se risquent sur le dancefloor, mais bien les danseurs professionnels et leur magnifique maîtrise de leur art. L'auteur cite des danseurs qui l'ont inspiré pour cette nouvelle, aussi je me suis dit que j'aurais tout à y gagner en allant y jeter un œil. Ce serait bien dommage de limiter ma vision de cet art corporel à la simple vision d'une émission de télé.

Une autre facette de la nouvelle m'a interpellée, c'est celle de la magie et de la sorcellerie telle qu'elle y est représentée et telle que l'auteur en parle dans son backstage :

J'ai choisi la danse, en cela qu'elle fait référence aux sabbats, aux silhouettes nues des enchanteresses courant autour du feu. J'apprécie l'idée d'user de la danse afin de déchaîner des sortilèges, que la magie puisse être en nous, sans besoin de recourir à des ingrédients, ni à de louches décoctions. Que nous ayons cette capacité innée et inaliénable de parler à la Nature, pour peu que nous fassions l'effort d'apprendre son langage, de nous réapproprier notre corps, cette interface de chair et de peau.

Backstages du "Buto atomique"

Bien que j'apprécie beaucoup la magie "traditionnelle" en cela qu'elle nous offre bien souvent une sorte de parenthèse enchantée où l'impossible devient possible, où nous rêves les plus fous se voient hypostasiés le temps d'une lecture. J'aime les sombres électuaires aux relents de mort, les butyreuses mixtures aux ingrédients hétéroclites qui glougloutent joyeusement sur le feu d'un noir chaudron, les fioles crasseuses et dégoulinantes, les alambiques empuantis qui crachent de délétères vapeurs... Oui, je suis née le jour de Samain! Cela, je ne puis le nier, pas plus que je ne puis répudier mes origines gothico-steampunk...

Mais au fond de moi, je sais que la vraie magie ne se trouve pas entre les pages des vieux grimoires. Elle ne prend pas vie à l'évocation de quelque formule prohibée et gardée secrète depuis des millénaires, pas plus qu'elle n'agit sur le monde par le biais d'artefacts, quels qu'ils soient. Selon moi, la vraie magie est celle qui prend naissance dans la nature même, dans la communion que l'on fait avec celle-ci, et donc forcément par le biais de notre corps, de nos sens. L'homme a oublié depuis longtemps qu'il fait partie d'un tout, et qu'il a un pouvoir d'action sur ce tout, pour peu qu'il en prenne conscience et qu'il apprenne à interagir de façon efficace. Nous ne sommes peut-être qu'une infime goutte d'eau dans l'océan de la vie, mais chaque goutte a son importance et son potentiel d'action. À nous d'utiliser cela à bon escient... Et il est vrai que de tout temps, l'homme a utilisé le geste pour entrer en contact avec la nature et la partie divine qui réside en toute chose. Que ce soit les hommes de la préhistoire, les chamans celtes, les derviches tourneurs, les danses indiennes, les rondes de sorcières... jusque dans les gestes rituels propres à chaque religion.

Bref... j'ai aimé ce mélange de messages que la nouvelle tend à nous transmettre. La beauté de la danse, la magie qui prend naissance dans le geste, le tout lié aux dangers du nucléaire. Ça paraît follement hétéroclite, mais au final, pas tant que ça...

La grâce du funambule

Chacun est sur son trente et un. Un florilège de fashionistas. De charmants minois coiffant de beaux atours. Les attitudes, les sourires, les postures. Nulle place pour le naturel. Le moindre détail sophistiqué participe à ce petit théâtre de la vanité. Nous inaugurons ce soir la maison de mode de Roubaix. Au menu : champagne et boutiques de créateurs. L'avant-garde des jeunes stylistes de la métropole expose ses chefs-d’œuvre. Aux contres pendent les rêves chamarrés de modélistes fauchés.

La grâce du funambule, d'Anthelme Hauchecorne

Cette "Grâce du funambule" est une attachante nouvelle qui nous parle d'un jeune homme perdu sur le fil de la vie, poussé par son envie dévorante de réussite. On y parle notamment d'homosexualité, sujet délicat et très d'actualité, à une époque où les plus éveillés d'entre nous tentent de faire passer des lois en faveur du mariage pour tous.

S'il est quelque chose qui me heurte profondément, c'est bien l'homophobie. L'amour, c'est quelque chose qui ne se discute pas, un sentiment qui ne se choisit pas. Il peut toucher tout le monde, les jeunes, les aînés, les cheveux blonds, les cheveux gris, les hommes, les femmes... sans aucune exception. L'amour, ça reste l'amour, non? Peut importe que ce soit entre un homme et une femme, deux hommes, deux femmes... Le sentiment qui les unit est le même, alors où est la différence? Tant que les deux parties sont consentantes... Parfois, j'ai l'impression que l'opinion publique s'offusque plus vite d'une proposition de loi en faveur du mariage homosexuel, que de sombres affaires de prêtres pédophiles... J'avoue ne pas comprendre. La "différence" effraie bien plus souvent qu'elle le devrait, au lieu d'être prise pour ce qu'elle est : une immense richesse. Vous sauriez vivre dans un monde où tout le monde se ressemble, vous? Eh bien, pas moi...

Un petit clin d’œil également à cet aperçu du monde impitoyable et superficiel de la mode que la nouvelle nous offre. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'homme est un loup pour l'homme... J'ai trouvé excellente l'idée de parler du passé textile de Roubaix dans une nouvelle dont le thème devait être "sur le fil". C'est finement joué de la part de l'auteur.

Détail sur lequel je rebondis pour signaler ma très vive inquiétude quant à la recrudescence actuelle des violences homophobes, dans un climat de cécité générale. Je suis toujours surpris d'entendre le mot "homo" et ses déclinaisons employés comme injures entre ados. Je ne crois pas que cette dérive soit anecdotique. Je pense plutôt qu'elle trahit une opinion larvée chez nombre d'adultes.
J'en veux pour preuve le tollé suscité par le projet de loi du "mariage pour tous". Que des maires aient eu le culot de déclarer, publiquement, qu'ils refuseraient de célébrer de telles unions a de quoi laisser pantois. Piètre leçon de démocratie.
Une autre déception, plus vive encore, m'a été causée par les manifestations contre ce projet de loi. Je savais que la France comptait son lot d'esprits chétifs. Je les supposais simplement moins nombreux.

Backstages de "La grâce du funambules", extrait 1

À travers ce texte, peut-être ai-je voulu prouver également que j'étais capable d'un soupçon de finesse, qu'il m'arrive de m'écarter du potache et du gore. Aussi ai-je tâché, sur ces quelques pages, de ranger ma tronçonneuse et mon coussin péteur.

Backstages de "La grâce du funambule", extrait 2

On ne le dirait pas, comme ça, mais j'apprécie assez la musique des années 80, dont les Tears For Fears.

Le roi d'automne

Aux yeux fraîchement décillés de la jouvencelle, la foule a subitement doublé. Aux badauds humains déjà entrevus s'ajoutent les Daedalos, les peuples du Sidhs, qu'elle décèle dorénavant dans toute leur diversité.
Chaque recoin devient sujet d'émerveillement. Les échoppes croulent de marchandises exotiques, de créatures fantastiques. Un dresseur propose ses serpents ailés aux robes moirées, voletant dans des cages à oiseaux. "Amphiptères! La solution à vos problèmes de rongeurs et de belle-mère! Demandez nos amphiptères!" s'égosille-t-il à l'intention des chalands.

Le roi d'automne, par Anthelme Hauchecorne

Sans doute la nouvelle la plus longue du recueil, Le roi d'automne consiste en une agréable introduction au cycle du Sidh, dont le premier tome, Âmes de verre, est déjà paru et sera bientôt lu et chroniqué par mes soins. C'est une plongée fulgurante dans un monde de sombre féerie tapis sous les paysages urbains qui nous sont familiers. Un univers ténébreux et pourtant... de très curieuse façon, on pourrait presque le qualifier de chatoyant. Peut-être n'est-ce que la chiche lumière des souterrains polarisée par la peau miroitante d'une aile de chauve-souris. Peut-être est-ce l'aura de magie qui se dégage du texte... peut-être est-ce surtout l'incroyable talent d'Anthelme Hauchecorne, conteur de génie qui détrône peu à peu les différents auteurs auxquels je m'étais attachée jusque-là.

L'univers du Sidh esquisse les contours d'un esthétisme urbain aux accents de féerie et de révolte. La résurrection de nos cauchemars d'enfant, mélange de Peter Pan et de benne à ordures.

Backstages du "Roi d'automne", extrait 1

J'aime énormément cette ambiance chthonienne qui émane des pages de cette nouvelle. Nous avons trop souvent tendance à oublier d'où nous venons. Car nous prenons directement racine dans le terreau des légendes celtes, où fées et créatures mythologiques côtoient les druides et leurs simples, les chamans et leurs rites païens. C'est un univers qui me parle énormément, "féerue" que je suis de merveilleux et de légendaire. Ce n'est pas pour rien que l'embryon de roman que je suis occupée à rédiger dans mes rares moments de temps libre a pour héroïne une elficologue débutante.

Je crois que nos sens nous trahissent. Qu'ils nous tiennent captifs d'un monde d'illusions. Que pour accéder à certaines vérités profondes, il nous faudrait observer avec l'esprit et le cœur...
Car comme il est conté dans Le roi d'automne, certains rites initiatiques ne vont pas sans heurts. Pour trouver qui nous sommes, parfois, nous devons commencer par nous perdre...

Backstages du "Roi d'automne", extrait 2

J'ai vraiment très hâte d'entamer Âmes de verre, qui m'attend sagement sur mon étagère. Pour mon plus grand plaisir, je me plongerai à nouveau dans l'univers envoûtant et ténébreux du Sidh...

Certes, le clip est des plus étranges, et le chanteur m'évoque un Freddy Krueger qui se serait accouplé à une mite. Intéressant mélange des Griffes de la nuit et de Brundle Mouche... Mais soit... J'adore cette chanson... Pour moi, elle correspond parfaitement à ce que je ressens à l'approche de l'automne.

[Chronique] Punk's not dead, d'Anthelme Hauchecorne

À très bientôt pour de nouvelles aventures livresques...

Où vous ferez la connaissance d'Obicion, de Malgasta, de Grenotte et Gourgou, ou encore de Meurlon dont le cul fut mordu par Quinette la chienne martyre... où nous parlerons des grands méfaits de la Technole, tout en tâchant de ne point être la proie de féeurs malveillants qui nous tuent à grand renfort de régurgitation d'oursins...

- Votre dévouée chroniqueuse de l'imaginaire, Acherontia.

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Mariejuliet 06/12/2015 09:43

Joli chronique sacrément fournie! Bravo !

Acherontia 27/12/2015 21:13

Merci merci ^^ J'ai vraiment beaucoup aimé ce recueil, et je voulais lui donner les hommages qui lui revenaient de droit. Je crois bien qu'il s'agit de ma plus longue chronique à ce jour, et aussi, plus que probablement, le meilleur livre que j'ai lu en 2015!